Le perce-neige dans la poésie

Amaryllidaceae
Galanthus
Légendes
màj 8 mars 2012
Poème : Perce-neige, Snowdrop, Sneeuwklokje, Schneeglöckchen


Le Perce-neige

Le mot perce-neige est entré en littérature en 1641 avec la fameuse Guirlande de Julie. La renommée de ce recueil de poésie a vraisemblablement fait le succès du mot perce-neige.

Ces fleurs avaient d'autres noms français, mais "perce-neige" s'impose sur ses synonymes, dans la littérature comme dans l'usage courant.

Le mot désignait alors aussi bien les nivéoles (Leucojum) que les perce-neige d'aujourd'hui (Galanthus). Ainsi, dans le poème de GINDRE DE MANCY, les nivéoles de Quintigny (Jura) se nomment perce-neige.



XVIIe siècle : FRANEAU 1616 ; BRIOTE 1641 ; HABERT 1641 ; CHAPELAIN 1668 ; BROUAULT 1670.

XVIIIe siècle :

XIXe siècle : GOUFFÉ 1807 ; DAUBERT 1808 ; MOLLEVAUT 1821 ; MONTÉMONT 1826 ; DEBRAUX 1828 ; SAINT-AGUET 1835 ; Marie NODIER 1836 ; GINDRE DE MANCY 1836 ; GUILLEMEAU 1846 ; PETIT-SENN 1846 ; SPINELLI 1864 ; FÉRET 1867 ; Anonyme 1872 ; SANDRAS 1872 ; BATAILLE 1875 ; De FLEURY 1879 ; GERMAIN-LACOUR 1885 ; ROUVIN ; LEGENDRE 1886 ; CROS 1908 ; BARAT 1892 ; BEAUCHEMIN 1897 + 1928 ; BERTOUT 1898.

XXe siècle : BONNEFOND 1902 ; DESNOS ; VIGÉE 1936.


PYTHAGORE

Citation donnée par le "Dictionnaire universel de la langue française, avec le latin et l'étymologie" de Pierre Claude Victoire Boiste, 1843, 11e éd. [bg]
NB : La 7e éd. de 1828 écrit "lui doit son prix" [bg]

Connais le prix des circonstances ;
La perce-neige lui doit son charme.

Voir GUILLEMEAU 1846.


XVIIe siècle

Jean FRANEAU

1616. Jardin d'hyver ou Cabinet des fleurs contenant en XXVI elegies les plus rares et signalez Fleurons des plus fleurissans parterres. Illustré d'excellentes figures. Pierre Borremans, Douay. [bg] [bg]

Narcisses
Elegie X
...
Les Treffeulles . 9 .
 
Les Narcisses bastards treffeulle la portière,
Qui, ouvre aprés l'Hyver la porte de sa mere,
Avec la tendre clef d'un bouton tendrelet,
Sortant de son estuy un Fleuron tout douillet,
Qui porte seulement pour tout son équipage
Deux fueilles de verdure, & iamais d'avantage.
Mais la Fleur en a trois, plus blanches que le laict
Et son petit fueillage au milieu plus parfaict
Taille trois petits cœurs en petites fueillettes :
Ainsi par deux fois trois se forment ces fleurettes.
Ie ne sçay que la blanche, & on dict toutesfois,
On dict que maintenant apportent les François
Une espece de iaune, elle est extraordinaire,
Plus belle elle sera pour n'estre si vulgaire.
Treffoeulle

BRIOTE ou BENSERADE ?

1641 (Manuscrit). La guirlande de julie (Recueil de poèmes de plusieurs auteurs.)
- Isaac de BENSERADE (1613-1691) selon "Les oeuvres de Monsieur de Bensserade" publié en 1697.
- M. de BRIOTE selon La vie de Monsieur le Duc de Montaussier" publiée en 1729.

La Perceneige. (Madrigal)
 
Sous un voile d'argent la Terre ensevelie
Me produit malgré sa fraîcheur :
La Neige conserve ma vie,
Et me donnant son nom me donne sa blancheur :
Mais celle de ton Sein, nonpareille Julie,
Me fait perdre aujourd'hui le prix
que je ne cède pas au Lys.

Henri-Louis HABERT de Montmor (1603-1679)

1641. La guirlande de julie.

La Perceneige. (Madrigal)
 
Fille du bel Astre du jour,
Je nays de sa seule lumiere,
Alors que sans chaleur, à son nouveau retour,
Des mois il ouvre la Carriere.
Je vis pure, et dans la froideur ;
Et mon teint, qui la Neige efface
Conserve son éclat dans l'extreme rigueur
De l'hyver couronné de glace.
Fleurs peintes d'un riche dessein
Que le chaud du Soleil fait naistre,
Et qui, peu chastement, ouvrez votre beau sein
Au Pere qui vous donna l'estre ;
Vous qui sans pudeur aux Zéphirs
Souffrez découvrir vos richesses,
Et vous laissant toucher à leurs foibles soupirs,
Ployez sous leurs molles caresses ;
Osez-vous, peu modestes Fleurs,
Prétendre Couronner cette beauté sévère ?
Et ne craignez-vous point les cruelles froideurs
Dont elle sait punir une ame temeraire ?
N'ayez plus cette vanité,
Puis que seule je dois obtenir l'avantage
D'orner de son beau chef l'auguste majesté,
Lors que de tous les coeurs elle reçoit l'hommage,
Au Throsne de la pureté.

Jean CHAPELAIN (1595-1674).

1668. Devise de la tapisserie des quatre saisons du palais de Versailles. [bg]

Le Perce-neige.
 
Ce n'est qu'aux saisons favorables
Que l'on voit mes semblables
Par leur brillant éclat les regards attirer ;
Pour moi je ne vois point d'assez fort adversaire ;
C'est dans le temps le plus contraire
Que je fleuris le plus et me fais admirer !

Mr BROUAULT (Brouhault, chanoine régulier de Caën *).

1670. Recueil des oeuvres qui ont remporté les prix sur le Puy de l'Immaculée Conception de la Vierge. David du Petit Val (Rouen). p.13. [bnf]

Ballade
Laquelle a remporté le Prix du Rosier.
 
La Perceneige.
 
Quittez vôtre docte Censure,
Naturalistes curieux,
Qu'icy vos soins officieux
Cedent aux loix de la Nature :
Durant l'inclémence des Cieux,
Malgré la saison la plus dure,
Nous voyons regner en ces lieux.
L'unique Fleur dans la froidure.
 
Cette Plante que je figure,
Malgré des vents pernicieux
Les efforts les plus furieux,
S'éclost, & paroist toute pure.
Quoy que l'Aquilon envieux
Tasche d'effacer sa peinture,
ll ne peut ravir à nos yeux
L'unique Fleur dans la froidure.
 
Par une agréable avanture,
Ce qui paroist injurieux
Aux simples les plus précieux
Luy sert même de nourriture :
Bien qu'un hyver prodigieux.
Ait tout dépoüillé de verdure,
On void dans un port gracieux
L'unique Fleur dans la froidure.
 
ALLUSION
 
Ce froid qui fait aux fleurs injure,
Nous dépeint le crime odieux
Où nos Peres ambitieux
Plongerent leur race future :
Et le Concept mysterieux,
Exemt de la moindre soüillure,
Est par un effet glorieux
L'unique Fleur dans la froidure.

Antoine COUTEL (~1627-1693).

1676. Promenades de messire Antoine Coutel, chevalier seigneur de Monteaux, des Ruez, Fouynais, etc. Alexis Moette, Blois. * * *
Perce-neige.


XVIIIe siècle

Esprit de TOCQUEVILLE (Poète remarqué au palinod de Rouen de 1764 à 1769)

1769. La perce-neige. Ode latine. * *, *


XIXe siècle

Marion DUMERSAN (1780-1849)

1807. La perce-neige. Chanson.

Armand Henri Ragueneau de la Chainaye (1777-1856)

1807-1809. Editeur de l'almanach poétique La perce-neige.

Armand GOUFFÉ (1775 - 1845)

1807. Encore un ballon, ou chansons et autres poésies nouvelles. (p.94-96) [bg]

La perce-neige,
 
ou
 
La fleur d'hiver,
 
CHANSONNETTE - Air : J'aime la force dans le vin.
 
Rien de plus gai que le printems,
Rien de plus joli que la rose;
Mais on les chanta de tout tems;
Mes amis, parlons d'autre chose.
L'hiver, moins triste qu'on ne croit,
Voit quelques fleurs dans son cortège:
Dussé-je paraître un peu froid,
Je vais chanter la perce-neige.
 
Nous pouvons comparer nos jours
Aux quatre saisons de l'année:
Nos momens heureux sont trop courts...
Chaque fleur est trop tot fanée.
Quand le Tems vient d'un noir brouillard
Couvrir nos heures, qu'il abrège,
J'aime à voir sourire un vieillard;
J'aime à cueillir la perce-neige.
 
Sur la neige Vénus un jour
En tombant perdit sa ceinture:
Auprès de là veillait l'Amour;
Il voit... ô la bonne aventure!
Il voit un sein dont la blancheur
Provoque sa main sacrilège;
Puis un bouton... d'une fraîcheur!...
Il croit voir une perce-neige.
 
Vénus se relève et s'enfuit:
Au dieu malin la fleur échappe,
Et la déesse, qu'il poursuit,
Lui répète en riant sous cape:
« Va, laisse moi, petit trompeur;
« Je connais trop bien ton manège;
« Tu ne veux que percer un cœur
« En cueillant une perce-neige. Ÿ
 
Depuis ce tems l'Amour, jaloux
De revoir cette fleur chérie,
La cherche en tous lieux parmi nous,
Dans les bosquets, dans la prairie:
Et c'est en suivant ses leçons,
Jeunes beautés, vous le dirai-je?
Que vous voyez tant de garçons
Courir après la perce-neige.
 
Belles, qui chérissez les fleurs,
Du dieu malin craignez l'adresse;
Craignez les ruses des voleurs;
Craignez surtout votre faiblesse:
N'accordez rien au jeune amant
Qui vous lutine et vous assiège;
Il prend la rose lestement
Lorsqu'il a pris la perce-neige.

M. DAUBERT

1808. Nouvel Almanach des Muses, 7e année. Capelle et Renand, Paris. p.59. [bg]

La perce-neige
 
Dizain
couronné au palinot de Caen le 8 décembre 1788.
 
Tandis qu'un voile affreux s'étend sur la nature,
Et que le souffle des hivers
Ravit à nos jardins leur charme et leur parure,
Et du chantre des bois interrompt les concerts,
Sans attendre les pleurs de la vermeille Aurore,
Je vois une éclatante fleur
Seule briller dans l'empire de Flore,
Et des frimas repousser la rigueur.
 
Toi qui sus des enfers triompher de l'orage,
Vierge, dans cette fleur reconnais ton image.

Jean-Antoine-Marie MONPERLIER (1788 - 1819)

18xx. L'Esprit des chansonniers extrait des meilleurs poëtes. Lefuel, Paris. In-32. [bnf]
La perce-neige

Charles L. MOLLEVAUT

1821. Cent fables, de quatre vers chacune. Arthus Bertrand, Paris. p.143. [bg]

Le perce-neige
 
« Qu'importe des hivers la longue tyrannie !
Disait un Perce-Neige, éclatant de blancheur ;
Je brave l'aquilon, les nuits et leur fraîcheur. »
Qui peut arrêter le génie ?

Albert MONTÉMONT (1788 - 1961)

1826. Paru dans : La Psyché : choix de pièces en prose et en vers, dédiée aux dames. Imprimerie de Sétier, Paris. p.101-102. [bnf]

La Galantine ou Perce-neige
 
Humble fleur qui perce la neige,
C'est toi que je chante en mes vers,
Du printemps ouvrant le cortège,
Tu viens condamner les hivers.
Avec toi tout semble renaitre,
Tout s'anime aux bois d'alentour,
Et, joyeux de te reconnaître,
L'oiseau te célèbre à son tour.
Comme en été passe un orage,
On voit se faner ta pudeur ;
Mais quand tu finis sous l'ombrage,
C'est en un jour beau de splendeur.
Au monde avant le temps ravie,
Ainsi la naïve beauté
Parait, en achevant sa vie,
S'unir à la divinité.

Paul-Émile DEBRAUX (1796-1831), & Charles LEPAGE (publié par)

1828. Le Momusien, recueil de chansons inédites. Impr. de Sétier (Paris). [bnf]

Le Perce-Neige
 
Air : Veille, ma lampe (Béranger)
 
Que j'aime à voir le Perce-neige !
Il nous dit que dans peu d'instans
Des hivers, le triste cortège
Va se fondre aux feux du printems
Cette fleur à la voix de flore
Est enfin prête à scintiller
Doux rossignols, chantez encore,
Le Perce-neige va briller !
 
L'an dernier, la jeune Adrienne
Mesurant trop peu son essor,
Sur les fleurs a perdu la sienne...
La pauvrette, helas ! pleure encor.
Au printems, ces fleurs gentillettes
Sont trop promptes à s'effeuiller ;
Veillez sur vos roses fillettes,
Le Perce-neige va briller !
 
Le marbre est plus dur que la mousse,
Quelque fois il causa la mort :
Sur les fleurs, la chute est plus douce.
Et lorsque l'âme est sans remord,
L'herbe, le gazon, la fleurette,
Tout semble un si doux oreiller...!
Dieu ! qu'à bien dormir je m'apprête,
Le Perce-neige va briller !
 
Vous dont la blanche mousseline
Trahissait les jolis contours,
Dans l'hiver, sous la levantine
Vous fermez la porte aux amours.
Du bonheur, douces messagères
Laissez la pudeur sommeiller,
Reprenez vos robes légères,
Le Perce-neige va briller !
 
Si nos champs privés de leurs charmes
Vous rappelaient ces jours affreux
Où la gloire a trahi nos armes...
Cessez vos soupirs douloureux.
Témoins de tant d'apothéoses,
Ces champs, de fleurs, vont s'émailler,
Et le sang fera place aux roses,
Le Perce-neige va briller !
 
Heureux le mortel peu servile
Qui sait, maître de ses instans,
Tisonner, l'hiver à la ville,
Dans les bois courir au printems !
Toi qu'on nomma si bien Lutèce, *
Sur mes goûts, dut-on me railler,
Pour le hameau, je te délaisse,
Le Perce-neige va briller !
 
E. D.
 
* Lutèce signifie ville de boue.

Pierre-Jacques-René DENNE-BARON (1780 – 1854)

1831. Fleurs poétiques. Lebigre frère, Paris. - La Perce-Neige. p.98-102. [gallica] [bg]

Maurice SAINT-AGUET {Louis-Charles MAURICE-SAINT-AGUET} (1809 – 1873)

1835. Le Perce-Neige. {Titre du recueil} Aimé André, Paris. in-8. 272 p. [bnf]

A mes perce-neige
 
Pauvres fleurs, qui germez au soleil des hivers,
Quand son pâle rayon vient féconder la neige,
Allez. J'ai fait de vous un timide cortège,
Pour m'annoncer au seuil du lyrique univers.
 
Et j'ai fait un bouquet de vos frêles calices,
Pour les jeter, chétif, dans un monde moqueur ;
Heureux ! s'il peut percer, comme des froids cilices,
La neige de la terre et la neige du cœur.
...

Marie NODIER-MENNESSIER (1810-1893)

1836. La Perce-neige. {Titre du recueil} Choix de morceaux de poésie moderne. {Œuvres d'auteurs divers.}

Jean Baptiste GINDRE DE MANCY (1797 - 1872)

1836. Les Deux Bourgognes, Etudes provinciales. Dijon. p.171-173. [bg]

La Perce-Neige
 
À Madame Marie MENNESSIER NODIER
 
Au pied de ces côteaux où de nos monts sublimes
Par degrés s'abaissant viennent mourir les cîmes ;
Dans le discret abri du vallon bien-aimé
Où, par un beau matin du printemps embaumé,
Ta mère te trouva, tendre fleur fraîche éclose,
Bel enfant nouveau-né, dans un buisson de rose,
Où Philomèle aussi venait de se poser,
Et t'offrit, souriante, au paternel baiser,
Il est un bois touffu que chérissent les fées ;
Où, le soir, de pavots, de verveine coiffées,
Loin de tout œil profane, elles viennent sans bruit
Danser aux blancs rayons de l'astre de la nuit.
Là, sous leurs pieds s'étend un fin tapis de mousse,
L'ombrage est plus épais, la verdure plus douce,
Et, dans chaque saison, mille joyeuses fleurs,
Y mêlant leurs parfums, y joignant leurs couleurs,
Forment de cet enclos un gracieux parterre,
Les délices du ciel et l'amour de la terre.
Là, dès que Février voit sourire un beau jour,
Sylphides et Follets au fortuné séjour
Reviennent empressés, et, sous leur tiède haleine,
Du milieu des frimas qui blanchissent la plaine,
Soudain la Perce-Neige offre à l'œil étonné
Son calice de miel et son front couronné.
Là, le chantre, l'ami, le confident des fées,
Ton père, qui leur doit ses plus brillants trophées,
De son cher Quintigny, par un secret chemin,
Toute petite encor, te menait par la main,
Admirer avec lui la naissante merveille ;
Et, sur le frais calice et sur l'enfant vermeille
Son regard attendri se portant tour à tour,
Il confondait, ému d'un indicible amour,
La fleur de tes beaux ans, celle de la prairie,
Le printemps de l'année et celui de Marie ;
Doux rêve, qui du moins lui fut toujours permis !
Charmant espoir, qui lient tout ce qu'il a promis !
Mais bientôt le vallon de sa robe de fête
Se revêtait ; bientôt, pour en orner ta tête,
Près de la fleur précoce accouraient à la fois
Les innombrables fleurs des côteaux et des bois,
Le muguet odorant, la blanche primerose,
Le bois-joli glacé de sa teinte de rose,
La renoncule d'or, la pervenche d'azur,
Et l'humble violette à l'arôme si pur,
Et tout ce jeune essaim qu'en Avril fait éclore
Un souffle de la brise, un regard de l'aurore :
Filles du gai printemps aux reflets diaprés
Couvrant de leur émail l'émeraude des prés,
Et dont la fleur d'espoir, la blonde Perce-Neige,
Précède, en souriant, le suave cortège.

Emile BARATEAU (paroles), L. CLAPISSON (musique)

1840. Recueil de six mélodies en forme de lieder. Publié à Paris chez Mme Lemoine.
Le Perce-neige.

Jean-Louis-Marie GUILLEMEAU

1846. Quelques fables. Impr. de Morisset, Niort. In-12, 183 p. [bnf]

La référence à la citation de Pythagore est manifeste : le mot "circonstances" est imprimé en italique.

La Perce-Neige
 
Les vents, et la grêle et la neige
Se disputaient encore les cieux,
Lorsqu'isolée et sans cortège
Une modeste perce-neige
Des mortels attristés vint égayer les yeux.
On l'accueillit avec délice ;
Orné de ses charmes naissans,
On crut déjà voir le printemps
Sortir du sein de son calice.
On l'appela reine des fleurs,
On la mit au-dessus de l'oeillet, de la rose...
Je ne mérite point, dit-elle, ces honneurs ;
Je le sais bien, je suis très-peu de chose...
l'à-propos seul me donne une valeur ;
L'été me ravirait toutes mes influences ;
Et si l'hiver je me trouve en faveur,
Je ne le dois qu'aux circonstances.

John PETIT-SENN {Jean-Antoine PETIT} (1792-1870)

1846. Les perce-neige {Titre du recueil} : poésies. Ch. Gruaz, Genèves. [bg]

Les perce-neige
 
Sur la plaine glacée et blanche
Une petite fleur se penche
En butte au souffle des autans,
Et, courageuse messagère,
Aux yeux ravis de la bergère
Annonce la verte fougère
Et les chauds soleils du printemps.
 
Perce-neige que j'ai choisies
Pour donner à mes poésies
Votre nom issu des hivers,
Ainsi qu'elles vous êtes nées
Dans de monotones journées
Où les cieux sont froids et couverts.
 
Sous vos auspices je publie,
De ma Muse, hélas ! affaiblie,
Ces filles aux pas chancelants,
Sombres et plaintives pensées,
Pâles fleurs comme vous glacées,
Ecloses sous mes cheveux blancs.

1864. Mes cheveux blancs : poésies. Julien frères, Genèves. [bg]

La perce-neige
 
Lorsque la terre aux flancs arides
Dans l'hiver étale ses rides
Et frissonne au souffle de mars,
Voici déjà la perce-neige
Qu'un rayon de soleil protège,
Du gel défiant les hasards !
Sous sa feuille elle éclôt cachée,
Et là, modestement penchée,
Des mortels fuyant les dédains,
Cette pâle fleur printanière
Nous semble en s'ouvrant la première
L'hirondelle de nos jardins.

L. DASTOIN

≤ 1847. Les Perce-neige, trois polkas nouvelles pour piano. Au Comptoir des compositeurs, rue des Maçons-Sorb., 11.

Xavier MARMIER (1808-1892) (traducteur)

1854. Les perce-neige : nouvelles du nord. {Titre du recueil de nouvelles} Paris, Garnier Frères. [bg]

Anonyme anglais.

1864. Jean Baptiste F.E. de CHATELAIN (traducteur). Le fond du sac {Recueil, d'auteurs divers}. Londres, Rolandi. [bg]

La Perce-Neige
 
"Perce-neige! oh! précoce enfant de la Nature,
Candide fleur, à l'âme aussi blanche que pure,
Lève ta tête, au sol penchée en abat-jour,
Et parles-nous du Dieu qui te donna le jour!"
 
—"Petits enfants!— je suis une humble créature,
Au vêtement modeste, à la simple parure,
Je n'ai puissante voix pour chanter l'Eternel,
Et mon œil trop peu vif ne peut fixer le ciel.
 
"Il est Dieu!— Son enfant, je ne suis qu'éphémère,
Mes regards sont bornés et je vis terre à terre,
Je ne suis qu'un atome, un murmure parfois
De la Création, de sa sublime voix.
 
"Mais alors que mes sœurs, et les plus orgueilleuses,
Se cachent sous le sol craintives et peureuses,
On m'entend moi parmi les tourbillons de l'air
Quand hurle la tempête au plus fort de l'hiver.
 
Grêle, pâle, abattue et timide et tremblante,
Bien rudement bercée, et maintefois souffrante.
Par Dieu je fus choisie entre toutes les fleurs
Pour proclamer sa gloire, annoncer ses splendeurs.
 
Ainsi petits enfants, voudrais vous faire entendre
A la faveur du ciel si vous voulez prétendre,
Que le Dieu de bonté qui nous a créé tous
Sait exhausser le plus les cœurs humbles et doux!"

Antonio SPINELLI

1864. Ce que disent les fleurs, sonnets. E. Dentu (Paris). p.43-44. [bg] ; 2e éd. [bnf]

Le Perce-Neige
 
Quoi ! toujours le sombre cortège
Du morne et rude hiver, hélas !
Toujours un ciel terne, un jour bas
Que le brouillard encore abrège.
 
Sur mon front, que rien ne protège,
Toujours du givre, du verglas ;
Toujours des glaçons, des frimas ;
Encore et toujours de la neige !
 
Qu'importe! mes pétales blancs,
Qui s'épanouissent, tremblants,
Aux pâles aubes indécises,
 
Consolent les cœurs pleins d'amour ;
Car ils annoncent le retour
Du soleil et des tièdes brises.

A. FÉRET

1867. Revue de la Normandie. Cagniard, Rouen. T.7 p.50 [bnf]

La Perce-Neige
 
Pauvre perce-neige oubliée,
Qui fleuris au sein des frimas,
Toi qui marques le premier pas
De Flore à peine réveillée.
Sous la triste loi des Autans
Quel destin cruel te fait naître ?
N'écloras-tu que pour connaître
L'hiver et jamais le printemps.
 
Sous le souffle glacé d'Eole,
Pourquoi te hâter de t'ouvrir ?
Aux tendres baisers du zéphir
Pourquoi dérober ta corolle ?
Faut-il pour des instants si courts,
Quand ta blanche fleur se nuance
Du vert si doux de l'espérance,
Te flétrir avant les beaux jours ?
 
Ta fleur, si fraîche et si naïve,
On l'exile de nos jardins.
Console-toi de ces dédains :
La main de Dieu seul te cultive.
Si tu n'as les vives couleurs,
Ni le doux parfum de la rose,
N'as-tu pas l'honneur d'être éclose
Au moins la première des fleurs ?

Sophie HÜE (1815 - 1893)

1867. Les maternelles. P. Brunet, Paris. in-18. 234 p. [bnf] 3e édition augmentée : 1868. Hachette, Paris. In-12, 251 p. [bnf]
Les perce-neige, légende.

Anonyme ("R-S-A" noté page 16)

1872. Fleurs du Chablais. Poésies intimes. Imp. de Ch. Burdet, Annecy. In-16. 31 p. [bnf]

LES DEUX PERCE-NEIGE
 
La Perce-Neige des champs :
 
Le deuil règne en nos plates-bandes ;
Au bois les nids pendent muets
Et de leurs dernières guirlandes
Se sont dépouillés nos bosquets.
 
Seule, je minaude en mon gîte.
Le vieil hiver, tout en émoi,
Se dit : Quelle est cette petite?
Et vient rôder autour de moi.
 
Tandis que, nobles demoiselles,
Mes sœurs, par un heureux destin,
En serre chaude font les belles,
Je m'épanouis au jardin.
 
A ceux qui pleurent sur la tombe,
Où gît la cendre des aïeux,
J'apporte, nouvelle colombe,
Un message mystérieux.
La Perce-Neige des villes :
 
J'ignore en quels lieux je suis née.
Comme une reine, un beau matin,
J'apparus sur la cheminée
Où s'étale mon blanc satin.
 
Autour de mon vase on s'empresse
Quand un nouveau bouton fleurit ;
L'enfant me donne une caresse,
La jeune fille me sourit.
 
Aucun souci ne m'inquiète.
Tranquille et d'un air satisfait,
Je prête une oreille discrète
Aux compliments que l'on me fait.
 
Mais une pendule voisine
Me dit à chaque heure du jour,
De son timbre à voix argentine :
Va ! tu passeras à ton tour !
 
1867.

Marie SANDRAS

1872. Les noix dorées de l'arbre de Noël. Grassart (Paris) p.68-69. [bnf]

Les Perce-Neige
 
Tu es ma retraite et tu me garantiras de la détresse (Ps. XXXII v.7).
 
La terre a revêtu son blanc manteau de neige.
Et l'arbre trop chargé sent ployer ses rameaux ;
Partout l'hiver, partout son étrange cortège
De plaisirs pour les uns, pour les autres de maux.
 
La-bas, d'un humble toit la fumée est absente.
Le foyer est sans feu, mais non sans habitant.
Un vert rideau de serge abrite une mourante
Qui n'a, dans ses douleurs, pour garde qu'un enfant.
 
Patient, grave, doux, il console sa mère ;
L'assiste, la soulève entre ses maigres bras ;
Puis dans son dénûment, quand il ne sait que faire,
Il prie avec ferveur, mais il ne pleure pas.
 
Un juif, un brocanteur revient chaque semaine
Dans ce sombre réduit faire briller l'argent.
Pièce à pièce il ravît, et ce n'est pas sans peine,
A ces murs délabrés leur modeste ornement.
 
Que reste-t-il encor dans ce pauvre ménage
Que l'on puisse échanger contre un morceau de pain ?
Est il un seul débris de l'ancien héritage
Qui puisse aux malheureux procurer un florin ?
 
Le vieux juif a tout pris, les lourds chenêts de cuivre,
Les chandeliers dorés, un tableau peint sur bois,
Le linge avec l'armoire ! - hélas ! seul le saint Livre
Jusqu'ici s'est soustrait à ses avides doigts.
 
Riches sont les fermoirs ; la reliure antique.
Débris d'un temps prospère, ami dans le malheur,
Faut-il se séparer de toi, chère relique,
Qui servis à l'aïeul : pour prier le Seigneur ?
 
Et l'enfant résigné l'ouvre une fois dernière.
Il rencontre un verset qui calme son chagrin :
« Je suis vieux, j'ai passé de longs jours sur la terre,
Et je ne vis jamais l'homme juste sans pain. »
 
La malade sommeille... il sort ; dans la vallée
S'offre a lui du courage un emblème touchant ;
Une fleur qui, perçant la neige amoncelée,
Montre à l'hiver surpris sa clochette d'argent.
 
Il en cueille à foison : dans la ville voisine
Il en vend chaque jour les bouquets élégants,
Et rapporte de quoi conjurer la famine,
De quoi sans trop souffrir attendre le printemps.

Frédéric BATAILLE (1850-1946)

1875. Le Pinson de la mansarde. Sandoz et Fischbacher, Paris. In-16, 64 p. [bnf]

La perce-neige
 
Cette mère féconde a senti l'impuissance,
Affreux oiseau de nuit, s'abattre dans son sein,
Et tomber sur son front, plus lourds qu'un poids d'airain,
Deux suaires glacés, la neige et le silence.
 
Elle est là, dans l'horreur.— « Oh ! pourquoi la cadence
Des chants joyeux, les voix suaves du matin,
Les doux concerts d'amour, le murmure argentin
De la source, les bruits qui chantent l'espérance,
 
« Ne viennent-ils donc plus saluer mon réveil ?
Oh! la longue torture ! Oh ! le pesant sommeil !
De ces langes comment me débarrasserai-je ?
 
« Qui donc soulèvera mon lugubre manteau,
Et viendra me conduire en un monde plus beau ? »
— « Moi ! » dit en souriant la blanche perce-neige.

Hippolyte de Saint Anthoine Comte de Fleury (1806 - 1891)

1879. Dernières Feuilles des bois, poésies. Ch. Noblet, Paris. In-12. 636 p. [bnf]

Perce-Neige
 
A toi, salut, petite fleur !
J'aime ta robe virginale !
Tu viens, courrière matinale,
Nous porter des jours de bonheur.
 
Fille du froid et de la neige,
O caresse longtemps nos yeux,
Et que ton souffle radieux
De la souffrance nous allège !
 
Nous avons tremblé nuit et jour
Et sous la brume, et sous la glace ;
Viens, ô viens prendre ta place
Sous les rayons de notre amour !
 
Pure, comme autrefois le monde,
Tu nous rappelles sa candeur,
Etoile aujourd'hui vagabonde
Dans les espaces de l'erreur!
 
O viens purifier les âmes
Sous la blancheur de ton manteau,
Et jette, jette un feu nouveau
Au sein de nos douteuses flammes !
 
J'aime ton air rêveur, plaintif,
Tu sembles répandre des larmes,
Comme, au milieu de ses alarmes,
En répand un oiseau craintif.
 
Douce courrière du printemps,
Tu nous charmes comme un sourire ;
Autour de nous, vis et soupire :
Heureux qui soupire longtemps !

Ernest LANGLOIS (1857 ? 1924)

1879. Perce-neige, légende. Alphonse Lemerre, Paris. In-8°, 14 p. [bnf]

Joseph GERMAIN-LACOUR

1885. Avec des rimes. Jouaust. p.32. [bnf]

Perce-Neige
 
C'est la triste fleur des hivers
A l'éclosion douloureuse ;
Quelques brins se sont entr'ouverts
Sous la froidure rigoureuse.
 
Sous la froidure rigoureuse
Ont poussé les calices verts.
La corolle est plus savoureuse :
Elle sert de régal aux vers.
 
Elle sert de régal aux vers
Qui jettent leur bave glaireuse :
Ses pistils en sont recouverts.
O la pauvre fleur malheureuse !

Joseph GERMAIN-LACOUR

1885. Avec des rimes, p.33.

Perce-Neige
 
C'est la triste fleur des hivers.
Sous la froidure rigoureuse
Elle sert de régal aux vers.
O la pauvre fleur malheureuse !
 
O la pauvre fleur malheureuse!
Les champs de neige sont couverts ;
Elle sert de régal aux vers.
 
Elle sert de régal aux vers ;
Et la neige est sa prison creuse
Sous la froidure rigoureuse.
 
Sous la froidure rigoureuse
Elle souffre de maux divers.
C'est la triste fleur des hivers.
 
Elle souffre de maux divers,
Et la neige est sa prison creuse...
Les champs de neige sont couverts.

Charles ROUVIN

Fin 19e siècle. La poésie des fleurs : sonnets. A. Ghio (Paris). p.50. [bnf]

La Perce-Neige
 
De joie et de bonheur l'âme humaine, inquiète,
Montre bien sa nature en s'éprenant des fleurs :
Ainsi pour favorite elle a la Violette,
La première, au printemps, de toutes les primeurs;..
 
Mais toi, fleur de l'hiver, modeste Perce-neige,
Qui, comme le sourire ébauché sous les pleurs,
Risque ta note gaie au milieu du cortège
Dont la saison de deuil s'entoure en ses rigueurs,
 
Les plis du blanc linceul te cachent à la vue ;
C'est à peine si l'homme heureux connaît ton nom !
L'étoile aux mille feux perce la sombre nue
Tandis qu'en grelottant tu meurs sous le glaçon !
 
Ne crains pas, cependant, que ma main ennemie
Prétende t'abriter sur mon coeur désolé ;
J'aimerais mieux souffrir que de te voir flétrie :
Rien qu'en te regardant je me sens consolé.
 
A moissonner les fleurs mon instinct se refuse ;
Le meurtre avec l'amour ne peut se partager.
Protecteurs et bourreaux, mon mépris vous récuse,
Vous qui soignez la bête... afin de la manger !

Napoléon LEGENDRE (1841-1907 ; Québec)

1886. Les perce-neige. {Titre du recueil} http://beq.ebooksgratuits.com/pdf/Legendre-neige.pdf

Charles CROS (1842-1888)

1908 (posthume). Le collier de griffes. http://poesie.webnet.fr/poemes/France/cros/36.html

Ecole buissonnière
...
Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid
Sans souci d'heure ni d'endroit
Ma pensée est un perce-neige.
Si son terrain est bien étroit
La feuille morte le protège,
Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid.

Léon BARAT

1892. En passant par la Lorraine. Impr. nancéienne. p.51. [bnf]

Le Perce-Neige
 
Salut, fleur de la Vierge ! Aimable avant-courrière
Qui des champs endormis présages le réveil ;
La terre au loin tressaille et sort d'un long sommeil,
Comme autrefois Lazare échappé de la bière.
 
Ton apparition annonce la première
Le départ des hivers, le retour du soleil,
Et le travail du sol hier encor pareil
A quelque monotone et vaste cimetière.
 
Salut, fleur de la Vierge, humble fleur, toi qui rends
L'espoir de jours meilleurs à nos esprits souffrants,
Et consoles les coeurs assombris et moroses.
 
Des vents plus tièdes vont succéder aux autans
Qui font trembler l'arbuste où fleuriront les roses.
A bientôt la chanson joyeuse du printemps.

(Charles-) Nérée BEAUCHEMIN (1850-1931 ; Québec)

1897. Les floraisons matutinales. [.pdf]

Perce-Neige
 
Radieuses apothéoses
Du soleil d'or et du ciel bleu,
Fraîche gloire des printemps roses,
Pourquoi donc durez-vous si peu ?
 
Pourquoi donc êtes-vous si brèves,
Aubes de l'enfance ? Beaux jours,
Si pleins d'aromes et de sèves,
Pourquoi donc êtes-vous si courts ?
 
Jeunesse, où sont-elles allées
Les hirondelles de jadis ?
Où sont les ailes envolées
De tes merveilleux paradis ?
 
Et vous, poétiques chimères,
Que dore un rayon d'idéal,
Blondes idylles éphémères,
N'auriez-vous qu'un seul floréal ?
 
Ô fleurs, vous n'êtes pas finies !
Les plus tristes de nos saisons
Auront encor des harmonies
Et des regains de floraisons.
 
La mortelle saison du givre
N'a pas tué toutes nos fleurs :
Nous pourrons encore revivre
Le passé, dans des jours meilleurs.

1928. Patrie intime. [.pdf] Nérée BEAUCHEMIN

La perce-neige des champs
 
C'est depuis toujours qu'elle essuie
Averses, gels et tourbillons,
La perce-neige des sillons
Qu'un fil de tige, à peine appuie,
Contre le vent, contre la pluie.
 
Dans le vaste espace de l'air,
Une flamme ensoleille-t-elle
Le nuage qui dégouttelle ?
La petite fleur d'azur clair
Se dresse et reprend le même air.
 
La verte tige printanière,
Vers le soleil, vers le ciel bleu,
Comme pour rendre hommage à Dieu,
Ne veut pas être la dernière
À hausser son brin de bannière.
 
Ainsi, le corps de la lignée,
Se dresse et s'anime au contact
Du terroir, et résiste, intact,
Contre la rafale obstinée
D'une sévère destinée.
 
L'humble habitant de l'avenir,
Par quel miracle et quel mystère,
Et par quel charme de la terre,
Voudra-t-il, pourra-t-il tenir
La bannière du souvenir ?

Auguste BERTOUT

1898. Fleurs cueillies sur l'éternel chemin, poésies. L. Sauvaître (Paris). p.199-200. [bnf]

Le Perce-Neige
 
A madame Jean.
 
Quand, sur la lisière des bois,
Fleurit le vaillant perce-neige,
L'Aquilon est faible et sans voix,
L'hiver suivi de son cortège
S'en va régner en d'autres lieux,
Plus haut le soleil monte aux cieux,
Le jour grandit, la nuit est brève
Et plus court se fait notre rêve.
 
Notre cœur appelle vers lui
Le bonheur que rêve notre âme
Et qui part quand le jour a lui
Emportant au loin le cinname
Qui seul pouvait le soulager
Et, de ce bonheur mensonger
Calmant les frissons et les transes,
Terminer ses longues souffrances.
 
Quand mes yeux, sur ta douce fleur,
Se posent, tendre galantine,
Je vois s'éloigner ma douleur
Et mon cœur soudain s'illumine.
Par elle les bois enchantés,
Dans les ondes de leurs clartés,
Sentent courir une autre sève
Qui de fleurs va parer leur rêve.
 
Du rêve à la réalité
Aujourd'hui quelques jours à peine
Les séparent, leur majesté
Surgira dans l'heure prochaine ;
Lors viendront les oiseaux siffleurs
Et, butinant au sein des fleurs,
Les abeilles à leurs calices,
Du pollen, prendront les prémices.
 
Du printemps charmant précurseur,
Je suis là, guettant ta venue,
Pour voir fuir l'hiver oppresseur
Alors que s'ouvre ta fleur nue
Qui, bravant du froid la rigueur,
Retrouve toute sa vigueur
Pour jeter la joie et le rire
Emmi l'air que mon cœur aspire.
 
Septembre 1897.

XXe siècle

Louis BONNEFOND

1902. Paru dans : La Sylphide. Revue littéraire. Crolard et Cie, Voiron. p.213. [bnf]

Le Perce-Neige
 
(SONNET) A ma chère Hélène...
 
Quand la neige couvre la terre,
Que de gris l'azur s'est voilé,
Que sous chaque rameau gelé
Est morte la fleur éphémère,
 
'Parfois sur le champ désolé
Où tremble l'oiseau solitaire,
Ou voit — adorable mystère —
Le perce-neige immaculé...
 
Quand, dans les brumes de mon âme
Où, des beaux jours, sombre l'espoir,
Mon aimée, au regard de flamme,
 
Met le ciel bleu sur le ciel noir,
Elle est, pour mon âme froissée,
Perce-neige de ma pensée ! ...

Robert DESNOS (1900-1945)

Le Perce-Neige
 
Violette de la Chandeleur,
Perce, perce, perce-neige,
Annonces-tu la Chandeleur,
Le soleil et son cortège
De chansons, de fruits, de fleurs ?
Perce, perce, perce-neige
A la Chandeleur.

Claude VIGÉE

1936. Perce-neige.

Thérèse BAUDET, Norette MERTENS et Ella ROLLER

1956. Perce-neige {Titre du recueil} "Poésies pour les petits". Editions Delachaux & Niestlé. 48 pp.

Pierrette MICHELOUD (1915-2007)

1999. Poésie : 1945-1993. p.53. [bg]
Perce-neige {Poème en prose}.

Paul ANDRÉ

2005. Le petit cri têtu du perce-neige. Les Déjeuners sur l'herbe éditions. 56 pp.

Snowdrop

Anna Laetitia BARBAULD (1743-1825)

1773. Poems. {Ci-dessous : orthographe de la réédition de 1792} [bg]

The invitation
...
Now the glad earth her frozen zone unbinds,
And o'er her bosom breathe the western winds:
Already now the snow-drop dares appear,
The first pale blossom of th' unripen'd year;
As Flora's breath, by some transforming power,
Had chang'd an icicle into a flower:
Its name and hue the scentless plant retains,
And winter lingers in its icy veins.
...

Mary ROBINSON (1758 - 1800) www.clas.ufl.edu/users/pcraddoc/chancey.htm

- Sonnet: The Snowdrop, in: Poems by Mrs. M. Robinson, 1791.*

- The Snow Drop, in: Walsingham: or, The Pupil of Nature. 1797.

Samuel Taylor COLERIDGE - The Snow-Drop (December 1797.)*

William WORDSWORTH (1770 - 1850)*

1819.

To a Snowdrop
 
Lone flower, hemmed in with snows and white as they
But hardier far, once more I see thee bend
Thy forehead, as if fearful to offend,
Like an unbidden guest. Though day by day,
Storms, sallying from the mountain-tops, waylay
The rising sun, and on the plains descend;
Yet art thou welcome, welcome as a friend
Whose zeal outruns his promise! Blue-eyed May
Shall soon behold this border thickly set
With bright jonquils, their odours lavishing
On the soft west-wind and his frolic peers;
Nor will I then thy modest grace forget,
Chaste Snowdrop, venturous harbinger of Spring,
And pensive monitor of fleeting years!

1824. Poetical works, Vol. 2, p.305. [bg]

On Seeing a Tuft of Snowdrops in a Storm
 
When haughty expectations prostrate lie,
And grandeur crouches like a guilty thing,
Oft shall the lowly weak, till nature bring
Mature release, in fair society
Survive, and Fortune's utmost anger try;
Like these frail snowdrops that together cling,
And nod their helmets, smitten by the wing
Of many a furious whirl-blast sweeping by.
Observe the faithful flowers! if small to great
May lead the thoughts, thus struggling used to stand
The Emathian phalanx, nobly obstinate;
And so the bright immortal Theban band,
Whom onset, fiercely urged at Jove's command,
Might overwhelm, but could not separate!

Laetitia Elizabeth LANDON (1802-1838) - The Snowdrop

Ralph W. EMERSON (1803-1882)

Flower Chorus
 
Such a commotion under the ground,
When March called, "Ho there! ho!"
Such spreading of rootlets far and wide,
Such whisperings to and fro!
"Are you ready?" the Snowdrop asked,
" 'Tis time to start, you know."
"Almost, my dear!" the Scilla replied,
"I'll follow as soon as you go."
Then "Ha! ha! ha!" a chorus came
Of laughter sweet and low,
From millions of flowers under the ground,
Yes, millions beginning to grow.

Alfred Lord TENNYSON (1809-1892) - The Snowdrop

Walter DE LA MARE (1873-1953) - A Snowdrop, Faber, 1929.

Ted HUGHES (1930-1998) - Snowdrop (1960) www.kirjasto.sci.fi/thughes.htm


Translated

Hans Christian ANDERSEN (1805-1875) - The snowdrop (Fairy Tales.)

Jaroslav SEIFERT (1901-1986) - You have skin pale like a snowdrop. http://books.google.fr/books?id=0Ma6kFB7xJcC&pg=PA52

Sneeuwklokje

? - Sneeuwklokje - http://web.inter.nl.net/users/R.Hiddinga/kids/gel/k-snklok.htm
[Sneeuwklokje, klingelingeling...]

? - Sneeuwklokje - http://web.inter.nl.net/users/R.Hiddinga/kids/sneeuwklokje.htm
[Wat is dat daar, jou kleine guit...]

Schneeglöckchen

Robert BURNS (1759-1796) - www.gartenveilchen.de/gedichte/burns.htm

Joseph von EICHENDORFF (1788-1857)

1841. Werke. Vol. 1, p.227. [bg] [bg]

Schneeglöckchen
 
'S war doch wie ein leises Singen
In dem Garten heute Nacht,
Wie wenn laue Lüfte gingen:
"Süße Glöcklein, nun erwacht,
Denn die warme Zeit wir bringen,
Eh's noch jemand hat gedacht."
S' war kein Singen, 's war ein Küssen,
Rührt' die stillen Glöcklein sacht,
Dass sie alle tönen müssen
Von der künftgen bunten Pracht.
Ach, sie konnten's nicht erwarten,
Aber weiß vom letzten Schnee
War noch immer Feld und Garten,
Und sie sanken um vor Weh.
So schon manche Dichter streckten
Sangesmüde sich hinab,
Und der Frühling, den sie weckten,
Rauschet über ihrem Grab.

Friedrich RÜCHERT (1788-1866) Schneeglöckchen www.garten-literatur.de/Leselaube/ruecksc.htm

Hans Christian ANDERSEN (1805-1875) - Das Schneeglöckchen - www.garten-literatur.de/Leselaube/anderschn.htm

Anonyme (Julius BUDDEUS ?) - Schneeglöckchen
Mis en musique par Robert SCHUMANN (1810-1856) en 1850 - www.recmusic.org/lieder/a/anonymous/schumann96.2.html

Theodor STORM (1817-1888) - www.garten-literatur.de/Leselaube/stormsc.htm

Hugo von HOFMANNSTHAL (1874-1929) - www.garten-literatur.de/Leselaube/hofmannsthal_schneegloeckchen.htm

Robert WALSER (1878-1956) - http://www.garten-literatur.de/Leselaube/walseri.html

Karel CAPEK (1890-1928) - Schneeglöckchen - www.garten-literatur.de/Leselaube/capeks.htm

Beverley NICHOLS - Schneeglöckchen - www.garten-literatur.de/Leselaube/nicholss.htm


www.garten-literatur.de/Leselaube/abc/schneegl.htm