Ismène
Fleur et source de vie à l'ombre d'une sœur en révolte.


Il est difficile de parler d'Ismène, tant la pensée va à Antigone ! Elle a choisi la vie mais elle est souvent oubliée, sinon méprisée. Je veux me faire ici son avocat.

Ismène et Antigone sont-elles inséparables ? Non, car elles ne sont pas jumelles ! Leurs naissances sont même séparées de plusieurs siècles : Ismène est enracinée dans la mythologie grecque, tandis qu'Antigone pourrait n'être que la créature de Sophocle. Certes, elle apparaît à la fin de la guerre des sept contre Thèbes d'Eschyle, annonçant comme par un fait exprès l'Antigone de Sophocle. Mais cette "fin" de la guerre des sept est-elle bien d'Eschyle ou n'a t-elle pas été ajoutée postérieurement ? Quoiqu'il en soit, Antigone n'est pas citée avant le 5e siècle avant JC, au contraire d'Ismène.

Qui était donc cette Ismène solitaire ? C'est encore pour moi une interrogation, car mes informations restent fragmentaires et souvent non datées. Voici quelques données, quelques versions de la mythologie ou des écrits anciens qui n'apparaissent plus dans l'œuvre des auteurs classiques, assorties d'interprétations personnelles.

Ensuite... (en construction)

  Etymologie
Je serais heureux d'être renseigné sur ce point. Voici le peu que j'ai trouvé sur Internet :

Greek Mythology - Possibly from Greek hisma "foundation, seat".

" Force lunaire ", celle de la procréation, celle du taureau, mais maîtrisée. *

Etymologie grecque: "Isis" divinité égyptienne + "mênê" = lune. *

Ihr Name wurde häufig in Zusammenhang mit dem Orakel genannt (Apollon Ismenios). *


  Mythologie

Le nom Ismene se rencontre à plusieurs reprises dans la grande légende de Thèbes, désignant une source, une rivière, une Naïade puis les "différentes vies" de la fille d'Oedipe, descendant du fondateur de la cité.

Thèbes a été une capitale importante de l'époque mycénienne, ce dont atteste l'importance des légendes du cycle de Thèbes, liées à la famille d'Oedipe *. Le souvenir en a été transmis et transformé - mythifié - par les aèdes. Thème éternel transmis par delà les générations puis repris sous forme d'épopée ou de tragédie par les auteurs classiques, Eschyle, Sophocle et Euripide, repris encore par le latin Stace (la Thébaïde, v. 80-92 après JC) qui inspira au moyen-age le fameux Roman de Thèbes (v 1150-1160) ...

Si Ismène signifie fondation+, on ne peut s'empêcher de penser à l'Ismène de la fondation de Thèbes. Cette Ismène est la Naïade d'une source, donc une source. Le couple de liens Ismène-fondation et Ismène-source est d'autant plus pertinent que source et fondation peuvent être synonymes. Ainsi Ismène, source et fondation sont trois synonymes. Ismène de Thèbes serait donc la fondation de Thèbes, la source de vie de Thèbes. Certainement est-ce la "source" commune, transmise par plusieurs voies, transformée par plusieurs voix (d'aèdes), de ces diverses Ismènes, ou plutôt de cette Ismène multiple de la littérature et des arts de l'antiquité. Ou encore peut-on y voir différentes étapes, plus ou moins figées ou fossilisées, de l'évolution de cette "mythologie". Evolution du mythe, évolution d'Ismène qui s'est poursuivie chez les classiques et se poursuit de nos jours ! La signification de chaque avatar d'Ismène pourrait bien éclairer la compréhension des autres - et la Naïade_source_de_vie éclairer la Femme.

Mais l'histoire des civilisations est mouvementée. (en construction)

  Les sources de la mythologie   ;-)
L'Isménios et la Dircé sont deux petits cours d'eau qui arrosent la Cadmée (acropole de Thèbes devant son nom à Cadmos) et confluent au nord de la ville. Au sud coule le fleuve Asopos.
Dans ces contrées sèches de la Grèce, sources et rivières sont précieuses. On comprendra qu'elles soient devenues des divinités dans les mythes. Les dieux-rivières * et les Naïades * sont apparentés, les Naïades étant généralement les filles du dieu-rivière du bassin versant. Deux rivières de même nom peuvent avoir un dieu-rivière en commun.
De nombreuses Naïades, qui sont de jolies femmes, sont dites s'être mariées à des héros ou à des dieux et être à l'origine de lignées royales locales. D'ailleurs plusieurs filles d'Asopos (le dieu-fleuve du lieu) et Métope étaient fort appréciées des dieux !
Le dieu-fleuve Asopos * et son épouse Métope * ont eu divers enfants dont Thebe, Ismene et Isménios, père de Dircé.
 Fondation de Thèbes : Ismène source de vie, source de Thèbes
Appolodore [III.4.1] et d'autres auteurs antiques rapportent le mythe de la fondation de Thèbes par Cadmos :
"... Il [Kadmos] se rendit à Delphes pour interroger le dieu sur la disparition de sa sœur Europe. Le dieu lui répondit de ne plus se soucier d'Europe, mais plutôt de prendre pour guide une vache, et de fonder une ville là où, par fatigue, elle se coucherait. Ayant reçu cet oracle il se mit en route à travers la Phocide ; il rencontra une vache dans les pâturages de Pélagon, et il la suivit. Après avoir traversé la Béotie, elle s'étendit là où, maintenant, s'élève la cité de Thèbes. Voulant sacrifier la vache à Athéna, il envoya quelques-uns de ses compagnons puiser de l'eau à la source d'Arès. Mais un serpent (drakon) gardait la source - certains le disaient né d'Arès lui même - et il tua la plupart des hommes qui furent envoyés. Dans sa colère, Cadmos tua le serpent ..." * *
Un magnifique cratère (360-340 av. JC) représente la scène : on y reconnaît Harmonia, qui deviendra la femme de Cadmos, Cadmos lui-même, venu puisé de l'eau avec une amphore et jetant une pierre au Drakon d'Aionie *, un olivier, symbole d'Athéna, la source, classiquement représentée par un amoncellement de pierres, et une naïade *, reconnaissable au rameau qu'elle tient à la main, considérée comme étant la Naïade Ismène. Description : (Perseus / English)
Autre poterie * montrant Cadmos à la fontaine (450 av. JC).

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  Ismène avant les classiques
Une autre Ismène, non plus la Naïade mais la Femme, fille d'Oedipe. A ne pas confondre donc. Quoique...

Mais peut-être sont-elles deux avatars ("incarnations") d'une même Ismène_principe_fondateur de Thèbes.
La Naïade Ismene est grand-mère de Io, elle même quadrisaïeule de Cadmos, grand-père de Laïos, père d'Oedipe, père d'Ismène. La Naïade et la Femme ne sont donc pas d'essence différente et rien ne s'oppose à les comparer. D'autre part la boucle est bouclée, aussi Ismène fille d'Oedipe peut fort bien être un avatar de la Naïade.

  La guerre de Thèbes : Ismène tuée = Thèbes tuée ? (ou la civilisation matriarcale tuée ?)

Pendant le siège de Thèbes, alors qu'elle rencontrait son amant, Periklymenos (ou Theoclymenus), hors la protection des remparts, Ismène est tuée par Tydeus (ambassadeur de Polynice et un des sept chefs opposés à Etéocle) à l'instigation de la déesse de la justice Athéna. [Sce : Mimnermus ?]
Cette histoire était suffisamment connue ou significative pour être un motif décoratif de poteries :
Belle amphore de la période archaïque (560-550 av JC) montrant []USMENA attaquée dans son lit par TUDEVS (les noms, en corinthien, se lisent de droite à gauche). Détails : Ismena et Tydeus, autre page, Periklymenos s'enfuyant. Description : (Perseus / English) (Musée du Louvre)
D'autres poteries semblent représenter Ismène avec Periklymenos ou avec Tydeus.

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  Tragédies classiques

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Eschyle (-525, -456)
Sophocle (-496, -406) *
Euripide (-480, -406)

  Reprises
Stace
Ismène était fiancée depuis l'enfance à Atys. Pendant la guerre de Thèbe Atys, mortellement blessé par Tydeus, mourra dans les bras de sa bien aimée. [Statius, Thebaid 8. 519-654] Peut-être existait-il des antécédents mytologiques à ces fiancailles ??

Vittorio Alfieri (1749, 1809) : Antigone [1738 ou 1776 ?]

Jean Anouilh () : Antigone [1942-44]

  Aujourd'hui - le retour d'Ismène - Retour des valeurs féminines
Yannis Ritsos (1909) : Ismène [1966-71] in : Le mur dans le miroir et autres poèmes (Gallimard 1973)
Cette pièce * montre Ismène et sa soif de vie, Ismène qui vécut dans l'ombre de sa sœur célèbre. Une terrible accusation contre Antigone.

Henry Bauchau : Antigone (roman) (Actes Sud)+(Éditions J'ai Lu [2001])

Catherine Bonnet. Chroniques d'Ismène ou le roman d'une douleur est-il une autobiographie ? Cliniques méditerranéennes 1999, n° 61, pp. 121-129

Le projet Ismène pour une action de médiation psychologique, par les services de soins psychiatriques, auprès des mineurs délinquants lors d’une action de police - dans les Hauts-de-Seine 92.
"Pourquoi Ismène ? … Ismène est la sœur d'Antigone dans la tragédie de Sophocle. Elle écoute et essaie de retenir la décision de sa sœur. … Au delà de l'histoire de cette fratrie, elle met en évidence le dilemme de "l'observateur" dans une situation à risques qui n'arrive pas à intervenir, se solidarise et se retrouve aussi en fin de compte pénalisé … Ismène représente la problématique de tous les observateurs des situations à risques : comment faire pour conjurer le sort, prendre des bonnes décisions et initiatives préventivement, s'engager et devenir acteur, rester éthique ?"
Les mauvaises langues diront qu'effectivement Ismène est complice de Créon et de son discours ;-)

Un prénom rare, donné seulement 91 fois en France au XXe siècle ! www.prenoms.com


  Une fleur nommée Ismene

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14 septembre 2002

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