Amaryllidaceae

... et le calendrier républicain

Amaryllis : 24 Vendémiaire

(15 octobre ; théoriquement le 16 octobre si équinoxe le 23 septembre.)

« Quartidi 24, Amaryllis. Plante de la famille des liliacées ; on l'appelle aussi Grenesienne. Sa fleur est rouge et brillante ; mais elle est rare. On ne la cultive que pour l'ornement. Ses cayeux se plantent au printemps et en automne. » (gallica.bnf.fr, Instruction sur l'ére de la République, Amaryllis)

Le 24 vendémiaire (le mois des vendanges) portait le nom d'Amaryllis, la fleur, non la bergère.
Il ne s'agissait pas de l'actuelle Amaryllis mais de la Grenésienne, Amaryllis sarniensis (aujourd'hui Nerine sarniensis), ainsi que l'indiquent les commentaires du calendrier. De fait, certaines versions du calendriers mentionnaient Grenésienne à la place d'Amaryllis.

NB.: Amaryllis devient ici un prénom en tant que nom de fleur, et non pas comme nom de l'antiquité !
Cependant, tous les emplois littéraires ultérieurs du prénom font référence à Virgile, non à la fleur.

Perce-neige : 4 Pluviôse

« Quartidi 4, Perce-neige. C'est le galant des neiges des botanistes. Cette plante porte une fleur en cloche blanchâtre avec une tache verte. Elle paroît vers la fin de Nivôse, ou vers le commencement de Pluviôse ; elle disparoît en Germinal, mais sa racine subsiste en terre ; c'est par ses bulbes qu'on la multiplie pour orner nos parterres pendant la saison la plus triste de l'année ; c'est l'époque où elle croit qui l'a fait appeler perce-neige ; les noms de violier d'hiver, campane blanche, baguenaudier d'hiver sont très impropres, puisqu'ils désignent trois genres auxquels cette plante n'appartient pas. » (gallica, Perce-neige)

Narcisse : 11 Ventôse

« Primedi 11, Narcisse. Plante bulbeuse d'un beau blanc, dont l'espèce qui croît naturellement dans les prairies, s'appelle le Narcisse poëtique, parce que c'est celle en laquelle les poëtes prétendent que Narcisse, épris de lui-même, a été métamorphosé. On le cultive aussi pour l'ornement des parterres. La plus belle espèce de Narcisse, est le Narcisse de Constantinople. » (gallica, Narcisse)

Historique

Le 22 sept 1792 naissait la Première République Française. Une ère nouvelle débutait, ère de réformes qui verra adopter une nouvelle unité de mesure de l'espace, le mètre, et une nouvelle organisation du temps avec ce calendrier.


Le mathématicien Gilbert Romme, député du Puy-de-Dôme, était un fervent adepte des Lumières. Il participait au Comité d'Instruction Publique et présenta à ce titre à la Convention le 10 septembre 1793 un rapport sur l'ère de la République faisant l'historique du calendrier et comportant un projet de décret instituant un nouveau calendrier.

Ce calendrier républicain fut adopté le 5 octobre 1793 avec les principes de base suivants : L'An I commence le 22 septembre 1792, jour de l'institution de la république. Chaque année commence " le jour où tombe l'équinoxe vrai d'automne pour l'observatoire de Paris ". L'année est partagée en douze mois de 30 jours, plus cinq jours complémentaires. Un 6ème jour complémentaire est ajouté tous les 4 ans. Les nouveaux noms des mois se rapportent à des épisodes révolutionnaires. Les fêtes chrétiennes sont abolis.

Les heures devaient être remaniées en divisions décimales, mais le projet sera abandonné.


Philippe François Nazaire Fabre (dit Fabre d'Églantine pour un trophé, l'églantine d'or, qu'il prétendait avoir gagné), auteur engagé et ami de Danton, propose une autre nomenclature des noms de mois (et aussi de chaque jour). D'origine occitane, Fabre fait dériver le nom de certains mois de mots occitans, ventós (venteux), nivós (neigeux), ou ajoute à des noms les suffixes productifs -aire (Vendémiaire...) ou -idor (Messidor...).

Avec ses co-auteurs le grand poète André Chénier, le peintre Jacques-Louis David et G. Romme, il expose à la Convention (24 octobre 1793) cette nomenclature qui sera adoptée dans le décret du 4 Frimaire an II (24 novembre 1793).

Dans ce calendrier floral et agricole les noms du martyrologe chrétien sont remplacés par des noms de fleurs, d'animaux ou d'outils agricoles.


Ce calendrier était donc une œuvre de mathématiciens, mais aussi de poètes, ce qui en fera le succès. Cependant, ces nouveaux prénoms "reconnus par la République" n'ont guère été utilisés.


Après avoir mis fin à la République, Napoléon supprima le calendrier républicain et revint au calendrier grégorien à partir du 1 janvier 1806 (décret du 22 fructidor an XIII, 9 septembre 1805).

Liens