La Aña ñuca

Amaryllidaceae
Rhodophiala
5 mai 2003
Traduction-adaptation d'une légende du nord du Chili
Pour suivre cette histoire que racontent les anciens, il faut aller par monts et par vaux dans le nord du Chili jusqu'à rencontrer la ville de Monte-Patria. Il nous faut encore remonter le temps jusqu'à l'époque où la ville portait le nom de Monte-Rey donné par les conquérants espagnols.
En ce temps là vivait une fleur de chair et d'os, Añañuca. La belle indienne, dont le nom pouvait signifier "belle âme", était admirée publiquement de tous et aimée en secret de beaucoup de jeunes-gens. Elle donnait son amitié à chacun mais personne n'avait pu conquérir son cœur réservé.
Le temps passait tranquillement pour Añañuca, jusqu'à ce qu'un jour arrive dans la cité un mineur, bel homme, élégant et gai. Parcourant les chemins à la recherche du filon ou du trésor perdu qui ferait son bonheur, il pensait rester quelques jours pour se reposer. Mais la rencontre du chercheur d'or et de la belle brune fut leur moment de révélation. Se voir et être conquis fut une seule et même chose. Añañuca cru avoir trouvé celui qu'elle attendait et lui ouvrit son cœur d'or. Lui pensa avoir trouvé le trésor qu'il cherchait. Il resta donc et troqua le pic et la barre à mine contre la houe et la charrue. Comme dans les contes, "ils furent très heureux"... Mais pas pour longtemps.
Une nuit le mineur fit un songe. Un esprit de la montagne lui révéla l'entrée de la mine. Le trésor qui l'obsédait tant était ainsi à sa portée. Comme halluciné par cette vision fatale, il se prépara silencieusement et à l'aube partit à la recherche de la mine...
Añañuca attendit son retour avec toute la patience de ceux qui aiment. Hélas les jours passant, la tristesse se saisi de son âme. Elle essaya de tromper son angoisse en imaginant son amour revenant chargé de pierres précieuses, mais les cauchemars prirent le dessus. Elle le crut victime d'un accident et put encore espérer qu'on lui ramènerait le blessé. Mais il ne revint ni riche, ni pauvre, ni blessé. La jeune-femme attendit en vain le retour de son amour. Les mirages et les mystères de la pampa l'avaient englouti.
Añañuca ne vécue pas de longues années, à la différence des héroïnes des contes. Elle se consuma de cette maladie de langueur qui existe de toute éternité et que connaissent bien les "machis", les médecins-sorciers des Andes. Quelques mois plus tard la mort ouvrit ses bras pour recevoir le corps inerte d'Añañuca. Par une étrange coïncidence, le ciel se remplit à ce moment de nuages noirs et il ne cessa de pleuvoir jusqu'à l'enterrement. Les gens de Monte-Patria avaient suivi là, sur la colline au bord du désert, celle qui fut la plus belle que la vallée ai connue.
Le matin suivant, quand le soleil eu repris sa place, la tombe de la jeune femme se couvrit de fleurs rouges. Et toutes les collines noires, et la vallée, et le désert lui-même, étaient couverts de cette fleur que, de mémoire, on n'avait jamais vu. Les villageois furent surpris de sa beauté. Aussi a t-on pensé que la jeune malheureuse s'était transformée en fleur pour continuer à attendre le retour de son amour. On appela donc la fleur Añañuca.
Aujourd'hui encore on peut voir Añañuca fleurir les collines et le désert, après les rares pluies qui surviennent dans cette région. Cette fleur fait partie du genre Rhodophiala dont les botanistes ont baptisé une espèce R. ananuca.

Sources :