Amaryllis : Beauté allégorique

Amaryllidaceae
Poèmes de l'Amaryllis
Amaryllis belladonna
Hippeastrum
2008
Amaryllis, William Holman Hunt.
Amaryllis, William Holman Hunt.

de l'antiquité aux romans modernes :

Amaryllis est un beau prénom féminin d'origine grecque.

De l'antiquité à nos jours, des héroïnes littéraires ont façonné de leurs qualités physiques, psychologiques ou morales un personnage de légende (on dirait aujourd'hui virtuel) autour du nom.

Chez le grec Théocrite Amaryllis est une bergère qui pousse son soupirant au désespoir.

Après Virgile, qui montre la forêt chantant la beauté d'Amaryllis, notre héroïne deviendra l'archétype de la belle femme.

Avec Guarini (El Pastor Fido, 1590) Amaryllis aura un grand succès qui se prolongera dans la littérature et la musique de la fin du XVIe au milieu du XVIIIe siècle. Elle figure dans nombre de madrigaux, opéras, comédies et romans pastoraux alors fort en vogue.

Au cours des siècles les poètes feront appel à Amaryllis pour son pouvoir d'évoquer Virgile ou la poésie pastorale, indissociable de ses origines, et comme descriptif flatteur d'une belle femme, parfois irrésistible mais naturelle car campagnarde.

Quelle idée se fait-on aujourd'hui de cette personnalité virtuelle ? Plusieurs romans modernes où elle joue le premier rôle peuvent aider à la cerner, de même sans doute que le symbolisme du langage des fleurs.

Etymologie

On rapproche le nom Amaryllis du verbe grec amaryssein : resplendir, briller.

Antiquité : naissance d'Amaryllis.

Théocrite (280 av. J.C.) Idylle du chevrier.

Les Idylles sont des chef-d'œuvre de poésie où Théocrite, innovant, met en scène des gens simples, des campagnards.
Il conte ici le désespoir d'amour d'un chevrier pour la charmante mais cruellement indifférente Amaryllis.

Le chevrier ou Amaryllis

Je chante pour Amaryllis, alors que mes chèvres paissent sur la montagne sous la conduite de Tytire. Tytire, ami de mon cœur, fais paître mes chèvres et conduis-les à la fontaine. Prends garde au bouc blanc de Libye, qu'il ne te frappe de ses cornes.

Ô charmante Amaryllis, pourquoi, penchée pour regarder, à l'entrée de cette grotte, ne m'appelles-tu plus vers toi en me nommant ton doux ami ? Tu me hais peut-être, tu prends en mépris mon nez trop court et ma barbe trop longue ? je me pendrai de désespoir, ô nymphe, et c'est toi qui me fera mourir.

Tiens, voilà dix pommes que je t'apporte : je les ai cueillies là où tu m'avait dit de les cueillir. Demain je t'en apporterai d'autres. Donne du moins un regard à ma souffrance ; oh ! que je voudrais être l'abeille bourdonnante ! Je traverserais le lierre et la fougère qui te dérobent à mes regards, je pénétrerais dans la grotte où tu te caches.

Maintenant, je connais l'Amour ! c'est un dieu redoutable ; sans doute a t-il sucé le lait d'une lionne et sa mère l'a nourri dans les forêts ; il me brûle et verse la douleur jusque dans la moelle de mes os. Malheureux que je suis ! Hélas ! que vais-je devenir ? M'entends-tu seulement ?

Je vais ôter mes vêtements, je monterai sur ce rocher d'où le pêcheur Olpis guette les thons, et de là je me précipiterai dans les flots ; si je meurs, ma mort du moins sera un bonheur pour toi.

Je sais mon malheur, va ! Il n'y a pas longtemps encore que j'ai demandé à une feuille de pavot le secret de ton cœur, et la feuille pressée en vain sur mon coude s'est flétrie en restant muette.

Agréo, la devineresse au crible, m'a dit aussi la vérité, lorsque, l'autre jour, elle marchais à coté de moi, en ramassant les épis ; elle m'a bien dit que je t'ai donné mon âme toute entière, et que je ne suis rien pour toi.

Pourtant je te garde une chèvre blanche, mère de deux petits, que la servante de Mermnon, cette fille à la peau brune, me demande. Eh bien ! je la lui donnerai, puisque tu fais fi de mon amour.

Mais j'ai senti un tressaillement à l'œil droit. Est-ce que je vais la voir ? je vais me coucher ici, près de ce pin, je chanterai, et peut-être me regardera t-elle : car après tous, elle n'est pas d'acier.

Lorsque Hippomène voulut épouser la belle jeune fille, il courut avec des pommes dans les mains : Atalante vit ces fruits précieux, elle devint comme folle, elle ressentit un profond amour.

Le devin Mélampus amena un troupeau de bœufs de l'Othrys à Pylos, et la charmante mère de la prudente Alphésibée se coucha dans les bras de Bias.

Et Adonis le berger, n'inspira t-il pas à la belle Cythérée un si violent amour, que, cadavre inanimé, elle le pressait encore sur son sein ?

Je porte envie à Endymion, celui qui dort d'un sommeil éternel. Je porte envie aussi, ô femme adorée, à Jasion, qui eut un bonheur que vous ne connaitrez jamais, ô profanes !

J'ai mal dans la tête ; mais que t'importe, à toi ? Je ne chanterai plus. Je vais me coucher là, je resterai gisant et les loups me dévoreront. Que cela soit à ton cœur comme du miel à ta bouche !

Voir les traductions de Léon Renier, 1847, Leconte de Lisle ou M. B. de L.

Virgilius (70-19 av. J.C.) les bucoliques.

Virgile inaugure avec les bucoliques ce qui deviendra le genre pastoral. Il invoque ici la caution du grand poète grec Théocrite, en empruntant à sa première Idylle le mot dont il fera son titre : boukolika, «les chants des bouviers ». Il emprunte également la bergère Amaryllis.

Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi,
Silvestrem tenui musam meditaris avena ;
Nos patriae fines et dulcia linquimus arua,
Nos patriam fugimus. Tu, Tityre, lentus in umbra
Formosam resonare doces Amaryllida silvas.

Tityre, toi, allongé sous le couvert d'un large hêtre,
tu médites sur ta flûte un petit air sylvestre ;
moi, je quitte les doux champs, la terre de ma patrie,
moi, je fuis ma patrie, et toi, Tityre, à l'ombre, nonchalant,
tu enseignes aux bois à chanter en écho la beauté d'Amaryllis.

On imagine aisément la scène et on y entendrait presque l'écho forestier de la musique chantant Amaryllis.

Mais, pas plus que chez Théocrite, Amaryllis ne semble répondre à l'amour. Loin d'être aimante et douce, elle est même terriblement colérique :

Triste lupus stabulis, maturis frugibus imbres.
arboribus venti, nobis Amaryllidis irae.
(3. 80-81)

Le loup est chose terrible pour les étables, la pluie pour la moisson mûre,
le vent pour l'arbre, et pour nous la colère d'Amaryllis.

Publius Ovidius Naso (v. - 43 à + 17) : Art de l'amour

Ovide ne fait que deux très brèves citations littéraires de l'Amaryllis de Virgile E 2, 52.
D'abord pour illustrer ses propos sur les cadeaux à faire pour entretenir l'amour (II, 267)*
puis sur la couleur des vêtements (III, 182)*.

Je ne t'ordonne point de faire de riches présents à ta maîtresse
...
Envoie-lui ou des raisins ou de ces châtaignes qu'aimait Amaryllis;
mais les Amaryllis de nos jours aiment peu les châtaignes.

Clément Marot (1496-1544)

la premiere Eglogue des Bucoliques Virgilianes,
translatée (certes) en grande jeunesse.

Toy Tityrus, gisant dessoubz l'Ormeau
Large, et espez, d'ung petit Chalumeau
Chantes Chansons rustiques en beaulx Chantz:
Et nous laissons (maulgré nous) les doulx champs,
Et noz Pays. Toy oysif en l'umbrage
Faiz resonner les forestz, qui font rage
De rechanter apres ta Chalemelle:
La tienne Amye Amarillis la belle...

Renaissance : re-naissance d'Amaryllis

Giovanni Battista Guarini (1538 - 1612) : Il Pastor Fido (1590)

Guarini est véritablement le troisième père d'Amaryllis, après Théocrite et Virgile. A la suite de son "Berger fidel" (tragi-comédie), Amaryllis restera l'héroïne favorite des chansons et des romans pour un siècle et demi !

La réplique de Mirtillo à l'acte 1 scène 2 deviendra une chanson célèbrissime, "Cruda Amarilli", mise en musique par de nombreux compositeurs de l'époque qui l'inclurons dans leurs livres de madrigaux respectifs : Claudio Monteverdi, Luca Marenzio, Sigismondo d'India, Benedetto Pallavicino*.

Cruda Amarilli, che col nome ancora,
d'Amar, ahi lasso! Amaramente insegni;
Amarilli, del candido ligustro
più candida e più bella,
ma de l'àspido sordo
e più sorda e più fèra e più fugace;
poi che col dir t'offendo,
i' mi morrò tacendo; [...]

Cruelle Amaryllis qui avec ton nom,
aimer, hélas, amèrement enseigne.

Ce texte d'après l'acte 5 scène 8 a été mis en musique par Sigismondo d'India (Terzo Libro, 1615)*

Ombrose e care selve,
se sospirando in flebili sussurri
al nostro lamentar vi lamentaste,
gioite anco al gioire, e tante lingue
sciogliete quante frondi
scherzando al suon di queste
piene del gioir nostro aure ridenti.
Cantate le venture e le dolcezze
d'Amarilli e di Tirsi,
avventurosi amanti.

Imitations et suites

Texte anonyme, musique Sigismondo d'India : O fugace, o superba - Il Terzo Libro de Madrigali

O fugace, o superbe, o più che vento
rapida e lieve, o più che marmo dura
a le mie voci, ed all'incendio mio
via più fredda che neve,
Amarilli crudel, spietata e ria!
Ove fuggi, o chi fuggi, o perché fuggi?
Deh, ferma, ohimè, lo sbigottito piede,
Amarilli, deh, torna, e ferma alquanto!
Amarilli fugace, ove mi lasci?

Texte anonyme, musique Giulio Caccini (v. 1550-1618) : Amarilli, mia bella

Amarilli, mia bella,
Non credi, o del mio cor dolce desio,
D'esser tu l'amor mio?
Credilo pur: e se timor t'assale,
Dubitar non ti vale. / prendi questo mio strale
Aprimi il petto e vedrai scritto in core:
Amarilli, Amarilli, Amarailli
è il mio amore.

Thomas Campian (1567-1620) : I Care Not for These Ladies (Elizabethan Songs - Airs élisabéthains)

Je n'ai pas de goût pour ces femmes
Qui veulent être admirées et courtisées !
Donnez-moi la douce Amarillis,
Joyeuse fille de la campagne.
La nature dédaigne tout artifice,
Sa beauté est toute naturelle.

Avec elle, quand nous nous embrassons,
Il y a d'abord des cris de refus,
Mais jamais elle ne me refuse
Quand elle est finalement dans mes bras.

Si je fais la cour à Amarillis,
Elle me donne des fruits et des fleurs,
Mais si je courtise ces autres femmes,
Il me faut leur offrir des choses précieuses ;
Plutôt que de leur donner de l'or pour de l'amour
Je choisis la fille de la nature, toute bronzée.

Avec elle, quand nous nous embrassons...

Ces autres femmes ont besoin d'oreillers,
Et d'une couche façonnée par des mains étrangères.
Donnez-moi une clairière ornée de saules,
De la mousse et un lit de feuillage,
Et Amarillis, fille douce et fraîche,
Nourrie de bon lait et de miel doux.

Avec elle, quand nous nous embrassons...

Texte anonyme, musique Antoine Boësset (1586-1643) : Divine Amaryllis (air de cours) [1632]

Divine Amaryllis,
ton teint brun comme il est   fait honte à tous les lys
Ta grace est admirable:
Mais ta vertu qui passe ta beauté,
Dessous le ciel n'a rien de comparable
Que ma fidelité.

Tes attraits sont pareils,
Tes yeux que justement on nomme des soleils,
Ont un ésclat semblable
Mais ta vertu qui passe ta beauté,
Dessous le ciel n'a rien de comparable
Que ma fidelité.

Bel astre des mortelz!
Le ciel n'est point jaloux de te voir des autelz :
N'est tu pas adorable?
Et ta vertu qui passe ta beauté,
Void elle rien qui luy soit comparable
Que ma fidelité.

Louis XIII (1601-1643), au temps des précieuses, a écrit de petits poèmes en l'honneur de sa bien aimée Marie de Hautefort (fille d'honneur de la reine) rebaptisée Amaryllis. +

Tu crois, ô beau soleil,
Qu'à ton éclat rien n'est pareil,
En cet aimable temps que tu fais le printemps,
Mais quoi ! tu pâlis auprès d'Amaryllis.

Mais le printemps pâlit
Auprès d'Amaryllis ! ...
Mais que sont les lys
Auprès d'Amaryllis ?

Charles Sorel (v.1600-1674) : Le berger extravagant (1627)

Cette oeuvre, critique du roman sentimental, qui se veut "le tombeau des romans et des absurditez de la poësie", a été comparé au Don Quichotte de Cervantes. Le nom d'Amaryllis, ou Amarylle, bergère en vogue des romans sentimentaux de l'époque, était tout désigné pour le personnage du berger extravagant, Lysis déguisé en fille.

Hircan luy avoüa que lors qu'il auroit un habit de fille, il pourroit bien mieux tromper le monde qu'en ayant un de garçon. La nymphe des eaux fut donc apellee pour le vestir. [...]

Lysis estant sur le chemin songea quel nom il se donneroit. Il n'en trouva point de plus doux ny de plus pastoral qu'Amarylle, de sorte qu'il le retint ; et comme il se regardoit par fois avec son habit de bergere, il disoit en soy-mesme, non, non, il n y a point de honte de prendre ce vestement quand l'amour le commande. [...]

Quand elle se regardoit dans son miroir, il luy sembloit bien qu'elle estoit belle, et il ne s'en faloit guere qu'il ne luy avinst un mal aussi dangereux que celuy de Narcisse : car l'ame de Lysis aymoit ce visage d'Amarylle qu'elle voyoit. Cela faisoit qu'elle baisoit souvent la glace pour estre bouche à bouche avec cette bergere.

John Milton (1608-1674) : Lycidas (1638)

Were it not better done, as others use,
To sport with Amaryllis in the shade ? [67-68]

Jean de La Fontaine (1621-1695) : Aimons... (poème licencieux)

Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Jean-François Marmontel (livret) : La guirlande (Ballet) [1751] *

"Berger et bergère se sont jurés fidélité en tressant des guirlandes magiques qui ne se faneront qu'à l'incartade de leur artisan. Myrtil ne résiste pas à Amaryllis ; Zélide soulève l'imposture en découvrant la guirlande que son amant a déposée sur l'autel de Cupidon dans l'espoir qu'elle refleurisse. Amoureuse magnanime, elle y subtilise la sienne et avoue à Myrtil une trahison qu'elle n'a pas commise. Comme celui-ci refuse de la condamner, Cupidon sauve leur amour : les fleurs de la guirlande fanée s'épanouissent. »

Alexis Piron (1689-1773) : L' école des pères, acte 4 scène 5 (théâtre, comédie)

Attendant le moment le plus doux de ma vie,
tendre amour ! En ces lieux soupire une élégie.
Charmante Amaryllis dont l' éclat sans pareil
me paroît comparable à l'éclat du soleil !
L'heureux Myrthil t'attend sur l'herbette et la mousse.

+ Présence également d'un personnage nommé Nerine

~ 1750 : Fin de la vogue d'Amaryllis

Amaryllis n'est plus la vivante héroïnes des œuvres d'antan.
Amaryllis n'est plus qu'un pouvoir d'évocation, un souvenir...
Amaryllis n'est plus et Robinson creuse sa tombe.
Comme Narcisse elle a laissé la place à une fleur (baptisée Amaryllis par Linné en 1735 et 1753).



Victor Hugo (1802-1885)

Le poète est un riche
...
Il achète tous ces murmures,
Tout ce rêve, et, dans les taillis,
L'écrasement des fraises mûres
Sous les pieds nus d'Amaryllis.

Théophile Gauthier (1811-1872) : Le Capitaine Fracasse, XII Le "Radis Couronné"

Au long de l'escalier, on voyait des groupes qui montaient, l'homme le bras sur la taille de la femme, la femme se retenant à la rampe et faisant de petites façons enfantines, car même en la débauche la plus abandonnée il faut encore quelques semblants de pudeur.
D'autres redescendaient la mine confuse, tandis que leur Amaryllis de rencontre faisait bouffer sa jupe de l'air le plus détaché du monde.

NB. : Le personnage antique d'Amaryllis était à la fois une beauté et une vierge (le rôle qu'elle tient dans la scène de sorcellerie de la VIIIe églogue doit être tenu par une vierge). Après la renaissance divers auteur en on fait, avec plus ou moins d'élégance, une personnification de l'objet du désir (La Fontaine, V. Hugo...). Théophile Gauthier commet ici l'ultime outrage.
De plus, en écrivant que "le vice se permet parfois de n'avoir pas le nez mieux fait que la vertu" il emploie le nom d'Amaryllis bien loin de son symbolisme habituel (personnification de la beauté).

Joseph Autran (1813-1877) : Amaryllis

La jeune Lucy doit-elle son surnom à la fleur ? peut-être car, comme la belle tropicale, elle est faite pour briller dans les salons et dans la vie.
Mais la morale de ce texte édifiant la conduira sur d'autres voies :

...Qui dit à cet esprit : je te voue au silence ;
A la perle : Demeure au font des vastes flots
Au lis épanoui dans quelque vallon clos :
Eblouissante fleur, vis et meurs inconnue !

Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-1894) : Les éolides

Au temps où l'abeille murmure
Et vole à la coupe des lys,
Le Mantouan, sous la ramure,
Vous a parlé d'Amaryllis.

Théodore de Banville : Les Cariatides 1839-1842, Livre troisième

ô jeune Florentine à la prunelle noire,
Beauté dont je voudrais éterniser la gloire,
Vous sur qui notre maître eût jeté plus de lys
Que devant Galatée ou sur Amaryllis,
Vous qui d'un blond sourire éclairez toutes choses
Et dont les pieds polis sont pleins de reflets roses,
Hier vous étiez belle, en quittant votre bain,
à tenter les pinceaux du bel ange d'Urbin. [...]

Les bergers
...
Amaryllis rit au pâtre Daphnis, [...]
Phyllis accourt vers le chant qui l'attire
Et sous le hêtre on entend gazouiller,
Comme un oiseau, la flûte de Tityre.

La Statue de Victor Hugo
...
Descendant pour lui du Taygète
Dans la vallée où sont les lys,
L'Églogue les cueille, et les jette
Sur les pieds blancs d'Amaryllis ...

Edwin Arlington Robinson (1869-1935) : Amaryllis (poème)

...
Come, friend, and see the grave that I have made
For Amaryllis." [...]
It made me lonely and it made me sad
To think that Amaryllis had grown old.

Portraits

Amaryllis est d'une grande beauté, comme Narcisse, dont on a écrit qu'il avait inventé le portrait en se regardant dans la fontaine... Ce n'est manifestement pas le cas d'Amaryllis ;-) Il n'existe pas de peinture de l'Amaryllis de Virgile.

Ce n'est qu'avec le succès de "Il Pastor Fido" (1590) qu'Amaryllis inspire peintres et manufacturiers de tapisseries.


Abraham Bloemaert (1564-1651) : Amaryllis & Mirtillo * (peinture) [1635]

Une tenture du début du XVIIe siècle montre une scène de l'intrigue entre Amaryllis et Corisque amoureuses du berger Myrtil et la tentative d'enlèvement de la rivale par un satyre ami d'Amaryllis.

William Holman Hunt (1827-1910) : Amaryllis (The Shepherdess) [1885]

La musique et le chant d'Amaryllis

Les vers de Virgile montrant Tytire, sous l'écho des frondaisons, jouant sur sa flûte un air à la beauté d'Amaryllis ont été propices à l'inspiration des musiciens !

Amaryllis était fort en vogue dans les madrigaux et la musique de la fin du XVIe siècle au milieu du XVIIIe :

: Pages sonores.
Conseil : [clic droit]
+ [nouvelle fenêtre]
Luca Marenzio (1553-1599) : Cruda Amarilli (Guarini, Il pastor fido)
Benedetto Pallavicino (1551-1601) : Crud'Amarilli - Il sesto libro de madrigali a cinque voci [1600]
Claudio Monteverdi (1567-1643) : Cruda Amarilli (madrigal, livre V) [1603]
Version chorale : 920 Ko (.mov), à écouter !
Sigismondo d'India (1582-1629) : Cruda Amarilli - Il primo libro de madrigali a cinque voci [1607]
Ombrose e care selve (Guarini) Il Terzo Libro de Madrigali [1615]
O fugace, o superba (texte anonyme) Il Terzo Libro de Madrigali *
 
Trois Versions instrumentales avec cornet (C. Monteverdi, L. Marenzio, S. d'India.)
http://members.aol.com/cornetto45/cj/cjmusic.html (4 à 6 Ko) (autre présentation)
John Wilbye (1574-1638) : Adieu, sweet Amaryllis
Ce madrigal anglais conte de manière humoristique l'histoire douce-amère du soupirant malheureux d'Amaryllis. Le jeu de mot originel qui superpose les trois mots Amaryllis/amour/amère est complété d'un nouveau jeu : douce-Amaryllis/doux-amour/douce-amère.
William Byrd (v.1539-1623) : Though Amaryllis Dance in Green (pièce pour voix et viole)
Louis XIII (1601-1643) : Amaryllis. +
L'air du Roi à été l'objet de multiples arrangements (Louis Tocaben, Vahdah Olcott Bickford, R.E. Hildreth, Oscar Mayo...) et d'adaptations à divers instruments (piano, harpe...).
Henry Ghys (1839-1908) est l'auteur de l'arrangement le plus couramment joué.
http://jukunen.azt.ac/~aquarius/wrldfolksong/amaryls.htm
Georg-Friederich Haendel (1685-1759) : Amaryllis Suite (+ arrangements Beecham)
Il pastor fido (opéra sur un livret de Giacomo Rossi, d'après l'œuvre de Guarini) [1712]
Joseph Haydn (1732-1809): Amaryllis suite
Harry Bache Smith (1860-1936) : Amaryllis (comédie musicale)
Victor Herbert (1859-1924), Harry B. Smith : Amaryllis / Prince Ananias (opérette) [1894]
André Gailhard (1885-1966) : Amaryllis (opéra) [1906]
William Howard Schuman (1910-1992) :
Trois œuvres basées sur la mélodie d'une vieille chanson anglaise, "Amaryllis", d'auteur inconnu :
- Amaryllis (variation pour trio à corde avec voix) [1964]
- Concerto sur d'anciennes chansons anglaises (avec chœurs) [1974]
- Amaryllis (variation pour cordes sur une chanson anglaise) [1976]
Rhian Samuel : The White Amaryllis (voix et piano / voix et ensemble) [1991]
Ingrid Drese : Amaryllis * [1996]
M. Crispell / A. Peacock / P. Motian : Amaryllis (disque de jazz, ECM/Universal) [2001]
(Voir plus haut 6 chansons et le ballet la guirlande)

Le nom d'Amaryllis est resté attaché à la musique et au chant de cette époque.
C'est pourquoi aujourd'hui plusieurs formations musicales baroques portent le nom d'Amaryllis :

Ensemble Vocal Amaryllis
Orchestre Amaryllis (Joël Sibille, direction)
Ensemble Amarillis (H.&O. Gaillard, V. Cochard)
The Amaryllis Consort &
Amaryllis Chamber Choir (Charles Brett)
The Amaryllis Ensemble
Ensemble Amaryllis (DK)
The Amaryllis Women's Choir (Vankleek Hill, Canada)

Amaryllis est également le nom d'un orgue construit en 1922 par Theofiel Mortier. Amaryllis Dance Organ (info)

Littérature, théâtre et film d'aujourd'hui

Hélène Abert : Amaryllia (roman) [1980] éd. de Trévise, Paris.

Elinor Glyn : Ardente Amaryllis (roman) [Traduit : 1981] J'ai Lu (n°1240).

James Melville : Sayonara, douce Amaryllis (roman policier) [1983] Traduit de l'anglais (10/18).

Samantha Harvey : Le chant d'Amaryllis (roman) [1986] Traduit de l'anglais (Coll. Harlequin n° 693)

Nathalie Babbitt : Les yeux de l'Amaryllis (roman) [1987] (Gallimard)

« Le grand père de Jenny était capitaine de l'Amaryllis. Son bateau a fait naufrage il y a 30 ans. Mais la mer est cruelle qui ne donne pas de preuve tangible de telles disparitions, et depuis, chaque soir, sa grand-mère descend sur la plage, attendant un signe de son mari... »

Claude Mesplède : Pas de peau pour miss Amaryllis (polar jeunesse) [1988] (éd. Syros, Souris noire)

Paul West : Sporting with Amaryllis [1996] = Amaryllis ma muse (Gallimard)

Ce récit très romancé de la vie du poète John Milton conte l'initiation amoureuse et poétique du jeune homme en 1626. Un roman "qui mêle subtilement la bouffonnerie et la grâce, le péché et le sacré. »

Léo Lévesque : Le chant d'Amaryllis (6 contes / théâtre) [1996] Québec.

« Six histoires composent le chant d'Amaryllis. Histoires de pen et de peine, elles mettent en scène, sous forme de monologues, des êtres rejetés par la vie et la société: délinquants, drogués, prostituées, en quête de beauté, d'amour et de tendresse. »

Jayne Castle : Amaryllis (Futuristic Romance) [1996] (Pocket Books)

« Amaryllis Lark is undeniably beautiful. She's also one of the best psychic detectives on St. Helen's, the earth colony recently cut off from the mother planet, yet not so very different from home - a place where love still defies the most incredible odds..." *

Tricia McGill : Amaryllis (Futuristic Romance) [2001]

"Chosen by a dying alien to take her spacecraft back to the planet Amaryllis, Melanie Ross must conquer her fears amid a superior race. Her husband, an undercover cop, has been killed, and she fears for her life. Escorting the craft gives her a means of escape."

Michel Jetté : Le chant d'Amaryllis (film) (Baliverna Films inc.) [sortie le 27 septembre 2002] Québec.

Un nom de bergère pour l'étoile du cavalier

Amaryllis papilio
Amaryllis (Hippeastrum papilio).

24 Vendémiaire (15 octobre)

Dans le calendrier républicain de 1793, le 24 vendémiaire portait le nom d'Amaryllis, la fleur, non la bergère.

Amaryllis devient donc ici un prénom en tant que nom de fleur, et non pas comme nom de l'antiquité !
Cependant, tous les emplois littéraires ultérieurs du prénom font référence à Virgile, non à la fleur.

L'Amaryllis du calendrier républicain était en fait Amaryllis sarniensis (aujourd'hui Nerine sarniensis) appelée aussi Grenésienne. On s'en persuade en lisant les commentaires du calendrier : " Quartidi 24, Amaryllis. Plante de la famille des liliacées ; on l'appelle aussi Grenesienne. Sa fleur est rouge et brillante ; mais elle est rare. On ne la cultive que pour l'ornement. Ses cayeux se plantent au printemps et en automne. " De plus, certaines versions du calendriers mentionnaient Grenésienne à la place d'Amaryllis.

L'amaryllis à Noël

Voici une charmante petite légende (commerciale ?). L'amaryllis est bien exotique pour Nazareth, mais peut-être l'amaryllis remplace t-elle ici la fleur-trompette d'une tradition plus ancienne ?
La tradition de faire fleurir une Amaryllis à Noël est assez répandue (dans certains pays on s'en fait une obligation). Plusieurs variétés portent d'ailleurs des noms éloquents : "White Christmas", "Christmas Gift".

" Le jour de la naissance de Jésus, les anges descendirent du Ciel, afin d'annoncer le Sauveur, avec de magnifiques trompettes. Les anges voulaient laisser un souvenir de cette joyeuse annonce. Aussi ils créèrent la magnifique fleur d'Amaryllis, lui donnant la forme d'une trompette, de sorte que le monde n'oublie jamais ce jour glorieux. " C'est ainsi que l'éblouissante Amaryllis annonce l'époque de Noël et est devenu l'ornement gracieux les fêtes de fin d'années.

Traduit d'après : www.roman.com/gifts/holtrad/amaryllis.htm

Langage des fleurs : beauté, coquetterie, fierté...

De tous temps les hommes ont associés les fleurs aux évènements de la vie, aux émotions...
Le langage des fleurs représente un développement récent et assez artificiel. Certains auteurs tantôt inventent un code personnel tantôt recopient sans contrôle, le résultat d'ensemble est un peu brouillon ! Voici par exemple le résultat de la consultation de 33 sites Internet mentionnant au moins une signification symbolique de l'Amaryllis :

17fierté (13), vanité (2), orgueil (1), arrogance (1)
16artifices
10coquetterie (4), rose : vous êtes trop coquette / rouge : vous êtes trop courtisée (6)
5désespoir (4), amertume (1)
3infidélité (2), inconstance (1)
3désir (2), séduction (1)
2beauté rayonnante
1rouge : vous vous jouez de mon amour / rose : je vous aime malgré votre caractère superficiel.
1je suis fier de vous
1amour amoindrit

Donc, si on vous offre une Amaryllis, cela ne signifie peut-être pas seulement que vous êtes belle comme l'Amaryllis de Virgile. N'êtes-vous pas aussi désespérante comme l'Amaryllis de Théocrite ? Vous avez lieu de faire le point ;-)

Peut-être les romans qui paraissent en ce moment changeront-ils la perception que l'on a d'Amaryllis et, par là, celle de la fleur ?

Papillons

Amaryllis, au masculin, est aussi le nom d'un papillon très commun : Pyronia tithonus (Linnaeus 1767)
(Myrtil désigne une espèce voisine : Maniola jurtina L.)