Amaryllis procera Duchartre 1863

Amaryllidaceae
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Worsleya

Bulletin de la Société Botanique de France, 10(2): 74-76.

SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1863.

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NOTE SUR UNE ESPÈCE NOUVELLE D'AMARYLLIS DU BRÉSIL, par M. P, DUCHARTRE. Au mois d'août 1862, la Société impériale et centrale d'Horticulture reçut d'un de ses membres, M. Binot, horticulteur fixé à Pétropolis, près de Rio- Janeiro (Brésil), deux pieds d'une Amaryllidée qui se présentait avec des caractères exceptionnels à divers égards. Son bulbe avait des dimensions con- sidérables, puisqu'il mesurait 0m,10 à 0m,12 d'épaisseur; en outre, il se con-
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tinuait supérieurement en une sorte de fausse-tige conique, formée par l'emboîtement des feuilles dans leur moitié inférieure; cette fausse-tige attei- gnait 0m,45-0m,50 de hauteur, et elle était terminée par des feuilles forte- ment arquées en faucille. Dans la lettre trop peu circonstanciée qui accompa- gnait cet envoi, M. Binot disait qu'il avait découvert cette plante sur une montagne (dont il n'indiquait ni le nom, ni la situation, mais que je présume faire partie de la Serra dos Orgaos, ou chaîne des Orgues), que personne n'avait gravie avant lui; là, elle arrivait à des proportions extraordinaires pour une plante bulbeuse, puisqu'elle atteignait 2 et même 3 mètres de hauteur, et sa hampe portait à son extrémité supérieure une magnifique ombelle de huit à douze grandes fleurs. Il ajoutait qu'y ayant reconnu un Amaryllis, il proposait de lui donner le nom d'Amaryllis-Impératrice-du- Brésil. Vers la même époque, ou un peu auparavant, deux autres pieds, beaucoup moins développés, de la même plante, furent envoyés par l'horticulteur de Pétropolis a Mme Furtado, qui les fit placer dans l'une des serres de son château de Rocquencourt près Versailles (Seine-et-Oise); l'un de ceux-ci a produit, dès la fin de janvier dernier, une ombelle de quatre grandes et belles fleurs. Instruit de cette heureuse circonstance, je me suis empressé d'aller examiner cette remarquable Amaryllidée, en même temps que M. Riocreux se rendait de son côté à Rocquencourt pour y exécuter, pour la Société impé- riale et centrale d'Horticulture, la belle et très-exacte figure que j'ai l'hon- neur de mettre en ce moment sous les yeux de la Société botanique. Comme l'avait reconnu M. Binot, la plante dont on lui doit la découverte et l'envoi en Europe, est une espèce d'Amaryllis de la section Hippeastrum. Par son port, par ses dimensions, par l'ensemble de ses caractères, elle me semble parfaitement distincte de toutes les espèces de la même section qui ont été décrites jusqu'à ce jour. Je crois devoir lui donner le nom d'Amaryl- lis procera, afin de rappeler ses dimensions vraiment extraordinaires, qui surpassent de beaucoup celles de l'Amaryllis (Hippeastrum) robusta Alb. Dietrich, la plus grande espèce que l'on connût encore (voy. Allgem. Gar- tenzeitung, 18e ann. 1850, p. 41), et qui en font le géant du genre. J'en résumerai les caractères principaux dans la diagnose suivante : AMARYLLIS (Hippeastrum) PROCERA Dctre : bulbo maximo, in collum producto; folis numerosis, distichis, longissimis, parte superiore loratis, fal- catis, patulis reflexisve, parte inferiore erecta longe vaginantibus, sicque pseudocaulem crassum, elatum (1-2 metr.), externe vaginis aridis, brunneis obtectum efficientibus, apice obtuso angustatis, utraque pagina striatis, mar- gine integerrimo cartilagiaeis; scapo centrali erecto, foliis breviore, valde compresso, ancipiti; spatha bivalvi, valvis lanceolatis, inæqualibus, altera latiore, externa, bicarinata, altera angustiore, plana, demum flaccidis, deflexis, arescentibus rubescentibusque, ut et bracteæ lineari-lanceolatæ,
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floribus intermixtæ; floribus pluribus (4-12), umbellatis, amplis, speciosis, lilacinis, infundibulato-campanulatis, deflexis : perianthii 6-partiti sepalis petalisque oblongis, undulatis, æquilongis, illis apice crasso-mucronatis; staminibus styloque reclinatis, apice incurvo arrectis, perianthio brevioribus; capsula seminibusque ignotis. Qu'il me soit permis d'ajouter à cet exposé concis des caractères distinctifs de l'Amaryllis procera, quelques lignes sur les particularités anatomiques remarquables que j'ai reconnues dans ses feuilles. Les deux faces de ces organes sont marquées de stries longitudinales et parallèles, toutes égales entre elles, qu'un examen tant soit peu attentif fait reconnaître comme étant alternativement vertes et pâles. Les lignes vertes indiquent les saillies; les lignes pâles répondent aux sillons qui séparent ces lignes proéminentes. A cette différence de coloration correspondent diverses particularités anatomiques. 1° L'épiderme ne porte de stomates que sur les bandes vertes, et ses cellules y sont à la fois plus courtes et plus larges, et moins régulièrement rangées en séries longitudinales. 2° Les cellules épidermiques offrant toutes, dans leur longueur, une série de grosses papilles, au nombre de six ou huit, en moyenne, pour chacune d'elles, celles qui sont comprises dans les lignes vertes ont leurs papilles beaucoup moins prononcées que les autres. 3° Le parenchyme à chlorophylle se trouve, comme peut le faire deviner la situation des stomates, sous les bandes vertes, et un plan de cellules incolores s'étendant dans le milieu de l'épaisseur de la feuille, il en résulte que les cellules vertes forment sous chacune de ces bandes proémi- nentes deux masses distinctes et séparées : l'une sous l'épiderme supérieur, l'autre sous l'épiderme inférieur de la feuille. 4° Toute l'épaisseur du tissu foliaire, dans la portion qui correspond aux lignes pâles de la surface, c'est- à-dire aux sillons, se montre dépourvue de chlorophylle et, par conséquent, incolore; or, c'est uniquement au milieu de ces mêmes portions incolores que se trouvent les faisceaux fibro-vasculaires, c'est-à-dire les nervures paral- lèles de la feuille. Ces diverses particularités anatomiques me semblent remarquables; aussi ai-je cru devoir les indiquer dans cette note succincte. M. Chatin demande à M. Duchartre quelle est la différence de longueur des étamines dans l'espèce qu'il a observée, et si l'on pourrait fonder sur ce caractère l'établissement d'un nouveau genre dans la famille à laquelle elle appartient. M. Duchartre répond qu'il est déjà difficile de bien comprendre les limites des groupes formés aux dépens de l'ancien genre Ama- ryllis, et qu'on a peut-être, en établissant ces groupes, géné- ralisé trop promptement des observations faites sur quelques espèces.

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