Culture des Amaryllis
B. Verlot, 1862

Amaryllidaceae
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Hippeastrum
Culture

Revue Horticole, Journal d'horticulture pratique

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CULTURE DES AMARYLLIS. I. - Considérations générales.
Au commencement de ce siècle, le genre Amaryllis n'était représenté dans nos jar- dins que par quelques espèces appartenant plutôt au domaine de la botanique qu'à ce- lui de l'horticulture. Si, en effet, on veut établir une comparaison entre les espèces cultivées il y a quarante ans et celles qu'on possède de nos jours, on constate cette diffé- rence que le nombre de ces espèces s'est beaucoup réduit, tandis que celui des varié- tés s'est considérablement augmenté. C'est M. Aimé Turlure, horticulteur à Versailles, qui, le premier, s'est le plus passionnément occupé en France de la cul-
ture des Amaryllis ; c'est à lui que nous sommes redevables d'une série de belles va- riétés qui ont occupé une place importante dans l'ornementation de nos serres ; c'est lui enfin qui, à l'aide de la fécondation arti- ficielle par le pollen soit de l'espèce elle- même, soit des espèces voisines, en croisant par conséquent des individus de même espèce ou d'espèces différentes, a doté nos jardins de variétés nombreuses et douées aussi d'une plus grande robusticité. Ce dernier résultat, d'une si haute importance, fut chaleureuse- ment accueilli par les amateurs, qui pouvaient dès lors cultiver ces magnifiques plantes en serre tempérée ; car, il faut le dire, jusqu'à
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cette époque les Amaryllis avaient été re- gardés comme des végétaux de haute serre chaude et cultivés comme tels1. Cette robus- ticité était donc déjà une amélioration no- table ; mais à cette époque, c'est-à-dire il y a environ vingt-cinq ans, on ne pouvait prévoir que la culture des Amaryllis fût aussi facile qu'elle l'est réellement, et on n'osait espérer que certaines variétés pus- sent un jour orner nos plates-bandes. Ces défauts de connaissance ralentirent la pas- sion qu'on avait alors pour cette section des Amaryllis qu'on appelle les Hippéastres, et ce refroidissement amena peu à peu l'in- différence à laquelle on doit sans doute at- tribuer l'absence presque complète de ces plantes dans les collections actuelles. Depuis quelques temps les Amaryllis ont été cultivés sur une vaste échelle par M. Souchet, de Fontainebleau. Sachant que la fécondation artificielle était la seule voie à suivre pour obtenir de nouvelles va- riétés de formes et surtout de coloris, cet habile horticulteur poursuivit avec une grande sagacité les opérations de M. Tur- lure, et de ses expériences naquirent pour l'horticulture des produits d'une incontesta- ble beauté, pour la botanique des formes d'une difficulté extrême à classer. Ces fécon- dations se répétant chaque année, la diffi- culté n'a fait que s'accroitre, et aujourd'hui il serait presque impossible de rapporter à des types toutes les formes obtenues, tant elles sont nombreuses et variées. A la simple production de variétés de for- mes et de coloris ne s'arrêtèrent pourtant pas les vues de M. Souchet, qui chercha à doter nos jardins de plantes beaucoup plus rustiques ; aussi eût-il l'idée de - féconder une espèce bien rustique, l'Amaryl- lis vittata, avec des Amaryllis de serre, les brasiliensis et pulverulenta, et ces croise- ments artificiels donnèrent une série de va- riétés nouvelles, chez lesquelles les fleurs étaient plus grandes, et mieux faites ; c'est-à- dire dont les divisions du périanthe étaient moins lancéolées, à peine ondulées, et plus arrondies que celles de l'Amaryllis vittata. Leurs couleurs présentaient aussi toutes les nuances intermédiaires du blanc au rouge, en passant par le rose, avec des coloris tan- tôt uniformes, tantôt régulièrement marqués de stries ou de points plus foncés ; en outre, et c'est ici le point le plus important, ces va- riétés se trouvaient assez rustiques pour pou- voir résister aux hivers du midi de la France, et, à l'aide d'une couche de litière ou de feuilles sèches, supporter les froids des dé- partements du nord. En présence de ces faits on voit combien il est regrettable que des plantes aussi belles ne soient pas plus répandues dans les jardins. 1. Il faut excepter pourtant l'Amaryllis vittata, dont la robusticité est connue depuis longtemps.
Enfin, dans l'histoire de ces plantes, il se- rait difficile de ne pas citer le nom de M. Truffaut fils, de Versailles. C'est en parcourant ses cultures que plus d'une fois j'ai été saisi d'admiration en présence de la beauté des nombreuses variétés d'Amaryllis qu'il avait réunies, et c'est cette beauté même qui m'a engagé à écrire ces quelques lignes en faveur de plantes aussi ornemen- tales et si peu connues. Les Amaryllis cultivés en pleine terre et en serre par M. Truffaut m'ont semblé de- voir être rapportés à quatre espèces de la section HIPPEASTRUM : à l'Amaryllis à ru- bans (Amaryllis vittata, L'Hér.) ; à l'Ama- ryllis brillant (Amaryllis aulica, Ker) ; à l'Amaryllis royal (Amaryllis Reginæ, Linné, Amaryllis brasiliensis, Andr.) et à sa va- riété pulvérulente (Amaryllis pulverulenta, Bol. Cab.). Les variétés issues des quatre espèces pré- citées sont nombreuses, et elles le seraient encore davantage, si une sélection bien com- prise d'ailleurs, n'en détruisait les moins re- marquables ; car, ici comme partout, la mode, toujours arbitraire dans ses lois, a prescrit pour la beauté des Amaryllis les règles sui- vantes : une hampe robuste et bien droite ; des fleurs nombreuses et régulières, à tube évasé plutôt que cylindrique, et à limbe for- mant bien l'entonnoir évasé, portant des di- visions ovales-lancéolées, non acuminées, planes et non réfléchies à leur sommet ; enfin des coloris riches ou veloutés et plutôt uniformes que variés. Toutes les plantes qui ne présenteraient pas réunies ces diverses qualités sont absolument rejetées. Ainsi qu'on a déjà pu le remarquer, sous le rapport de leur culture, les Amaryllis dont je viens de parler peuvent se diviser en deux groupes : 1° ceux de serre tempé- rée, et 2° ceux de plein air.
II. - Culture des Amaryllis de serre tempérée.
Une serre n'est pas absolument néces- saire pour cultiver des Amaryllis ; une bâ- che, un châssis, peuvent aisément rempla- cer une serre dans le but spécial d'y élever des Hippéastres. Cependant une serre à deux pentes, peu élevée et exposée au midi con- vient particulièrement pour la culture de ces plantes. Pour obtenir le meilleur résul- tat possible, on doit creuser une fosse de 0m.30 à 0m.40, placer dans le fond environ 0m.15 à 0m.20 de gravier ou d'escarbilles (ja- mais de plâtras), et recouvrir ce lit, qui est destiné à favoriser l'écoulement des arrose- ments, par une égale quantité de bonne terre de bruyère dans laquelle la silice ne domine pas. En outre cette terre ne doit pas être trop pulvérisée ; au contraire, ici plus qu'ailleurs il est de première nécessité que l'air puisse arriver directement aux ra-
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cines ; on doit donc se servir de terre sim- plement battue et non passée au crible. Plusieurs personnes ont aussi cru devoir recommander des terrains artificiels pour cultiver les Amaryllis. Sans citer les dif- férents composts signalés, soit en France, soit à l'étranger, nous croyons cependant devoir en indiquer un, celui qui est employé par nos voisins d'outre-mer et dont les heu- reux résultats, dans la culture anglaise, ont été sanctionnés bien des fois par l'expé- rience. En Angleterre, où la culture des plantes bulbeuses en général est très-ré- pandue, on emploie presque toujours le compost traditionnel appelé Loam ; aussi, à défaut de terre de bruyère, ou bien lorsque celle-ci est par trop siliceuse, recommande- rons-nous l'emploi du loam. C'est un mé- lange de terre argileuse et de graminées en décomposition, auquel on ajoutera pour cul- tiver les Amaryllis, 25 parties de sable blanc non argileux et environ une égale quantité de terreau de feuilles. Bien que différentes époques aient été in- diquées pour la plantation des oignons, celle qui paraît la plus convenable est d'août au commencement de novembre. On ne doit enterrer les bulbes que jusqu'à 0m.03 au- dessus de leur plateau, et on laisse entre chacun d'eux un espace de 0m.15 à 0m.25 en tous sens, selon leur grosseur. Bien- tôt excités par une chaleur douce et hu- mide, ces bulbes entrent en végétation. Il est à remarquer que le plus souvent les ra- cines ne se développent que lorsque les feuilles ont acquis une certaine longueur, et que pour cette raison les arrosements doivent être modérés pendant les quelques semaines qui suivent la plantation : de légers bassinages occasionnent même une humi- dité bien suffisante à ce moment ; mais dès qu'on s'est assuré qu'il y a à peu près équi- libre dans le développement des parties aé- riennes et souterraines, les arrosements doi- vent être renouvelés fréquemment. Il y aurait peut-être un moyen à em- ployer pour que le développement des racines ne se fit pas attendre, ou du moins pour que ce développement fût à peu près contemporain de celui des feuilles. Il consisterait à s'abstenir de chauffer la serre pendant quelque temps, et si même la plantation se faisait en août, à laisser la bâche à découvert, afin d'empêcher l'éléva- tion de la température, qui hâterait le déve- loppement des feuilles : on se garantirait de l'influence directe du soleil en ombrant les bulbes avec des toiles ou des paillassons. En résumé, pour forcer les racines d'Amaryllis à se développer plus tôt qu'elles ne le font or- dinairement, on pourrait mettre en pratique le moyen employé pour la culture en pots des Jacinthes, des Tulipes et autres oignons à fleurs, qu'on laisse quelque temps expo-
sés à l'action de l'air extérieur avant de les placer dans un lieu chauffé, afin d'empêcher le développement des organes foliacés au détriment des fleurs. Pendant l'hiver, on maintient autant que possible une chaleur de 4 à 5 degrés centi- grades, qu'on peut élever, en février, à 6 ou 8 degrés, et au printemps la plupart des oignons fleurissent ; quelques-uns dévelop- pent même jusqu'à deux ou trois hampes. C'est alors que la grandeur des fleurs, leur forme, leur beauté, leur odeur, et surtout leur durée, dédommagent amplement des quelques peines que leur culture a cau- sées. Dans la crainte qu'une trop grande inten- sité de chaleur occasionnée par l'insolation ne détériore les fleurs ou ne hâte leur épa- nouissement, on peut, au printemps, enlever les panneaux de la serre et les remplacer par des paillassons de roseaux à mailles très-écartées. Enfin , si le temps s'opposait à l'enlèvement des panneaux, on pourrait répandre sur le verre du blanc d'Espagne, ou ombrer au moyen d'une toile légère. Lorsque les fleurs sont fanées, si l'on ne tient pas aux graines, il est bon de couper les hampes dans l'intérêt même de la con- servation des bulbes. Nous ne saurions trop insister sur les in- convénients qui résultent lorsque, comme on est malheureusement trop souvent porté à le faire, on continue à donner aux oignons, après leur floraison, la quantité d'eau dont ils avaient besoin alors qu'ils étaient en pleine végétation. Beaucoup de personnes croient, parce que les feuilles des Amaryllis persistent longtemps après la disparition des fleurs, qu'il faut leur prodiguer la même quantité d'eau jusqu'à la dessiccation com- plète des feuilles. C'est là une erreur : ces arrosements ne peuvent qu'amener deux ré- sultats, ou l'épuisement de l'oignon par suite du non-arrêt de la végétation, ou, dans cer- tains cas, sa destruction complète par excès d'humidité. Lorsqu'une cause quelconque aura pro- duit sur l'oignon un commencement de dé- térioration, ou, en d'autres termes, lorsqu'on aura des bulbes qui auront été atteintes par l'humidité, on ne devra point les jeter ; il faudra enlever avec soin toutes les tuniques endommagées, laisser sécher la plaie et re- planter l'oignon sur couche, ou préférable- ment en pots bien drainés, qu'on place sur une chaleur de fond. Pour ces oignons, il est urgent de les arroser modérément, et, après la végétation, de les tenir dans un lieu très-sec. En renouvelant ces soins pendant une ou deux années, on arrive presque tou- jours à une guérison complète. La culture en pleine terre n'est pas la seule qu'on puisse appliquer à ces plantes : toutes se prêtent également bien à la cul-
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ture en pots, dont on comprend l'avantage et l'utilité ; c'est, en effet, un excellent moyen de se procurer des jouissances pen- dant tout le printemps ; car, élevées ainsi, les Hippéastres peuvent devenir un des plus beaux ornements des cheminées et des jar- dinières de salon. Lorsqu'on veut cultiver des Amaryllis en pots, on ne doit pas négliger le drainage dont j'ai indiqué la nécessité pour la cul- ture en pleine terre. Après avoir planté les oignons (un seul dans un pot de 0m.15 à 0m.20) à la même époque et comme il a été dit précédemment, on enterre les pots au rez du sol, dans la serre dont je viens de parler, et il n'est plus nécessaire que de les arroser toutes les fois que le besoin s'en fait sentir. C'est surtout pour la culture en pots qu'il importe de ne pas mettre l'oignon aussitôt sa plantation en contact avec une chaleur soit de fond, soit environnante. Si les Ama- ryllis sont destinés à servir d'ornement pendant l'hiver, il faut les planter en août, enterrer les pots dehors, dans un endroit ombragé, et les y laisser environ trois semaines ou un mois. C'est alors qu'on peut, sans aucune crainte, les placer dans un lieu dont la température doit être maintenue en rai- son de l'époque qu'on aura assignée pour le développement des fleurs. Lorsqu'au lieu de placer les pots dans un endroit tempéré qui ne peut amener le développement des fleurs qu'au printemps, on les dispose dans une serre chaude, ou bien lorsqu'on les met en contact avec une chaleur de fond, les fleurs s'épanouissent beaucoup plus tôt. La rusticité des Amaryllis est telle, que ces plantes supportent facilement tout dé- placement pendant leur végétation et ne pa- raissent même pas souffrir quand, après avoir été élevées eu pleine terre, on les arra- che peu de jours avant leur floraison pour les mettre en pots. Lorsque toutes les feuilles ont séché, que les oignons sont arrivés à un état de repos complet, on les arrache en opérant immé- diatement la séparation des caïeux, et on dis- pose le tout sur des tablettes, dans un endroit sec et tempéré. Pour les Amaryllis en pots, on a conseillé de ne pas arracher la bulbe chaque année ; mais comme l'arrachage ne peut amener aucun inconvénient, il est pré- férable de leur faire suivre le même trai- tement qu'à ceux de pleine terre, autant pour enlever les racines sèches qui tapissent le pot, que pour être bien sûr que les bulbes n'auront aucunement à souffrir de l'humi- dité. Toutefois il est bon de dire, et l'expé- rience l'a démontré, que les oignons d'Ama- ryllis qu'on expose au contact d'une chaleur un peu élevée finissent par s'épuiser, et ne fleurissent même presque jamais à la troi- sième année. Aussi, pour éviter l'épuise-
ment des bulbes, est-il nécessaire, après les avoir élevées en pots pendant deux ans, de les remettre en terre pendant un même laps de temps, après quoi elles peuvent en- core supporter la culture en pots. En un mot, ce n'est qu'à l'aide de ces cultures al- ternatives qu'on sera presque toujours cer- tain d'obtenir une belle floraison. En résumé : terres légères, sableuses et bien drainées ; arrosements en temps oppor- tun ; repos absolu en temps utile ; telles sont les conditions nécessaires que réclame la culture des Amaryllis de serre tempérée. Jusqu'ici nous ne nous sommes occupé que des soins à donner aux oignons adultes des Amaryllis ; il nous reste à indiquer briè- vement ceux qui ont rapport aux semis, On a vu, par ce qui précède, qu'on peut multi- plier les Hippéastres par la division des caïeux ; c'est le moyen le plus prompt et le seul certain de reproduire la variété qu'on tient à propager. Mais comme c'est par les semis qu'on a obtenu et qu'on obtient en- core chaque jour de nouvelles variétés, sans aborder la question de l'hybridation, nous allons indiquer en quelques mots les soins que ces semis réclament. Les graines d'Amaryllis se sèment dès qu'elles sont mûres, en pots ou en terrines bien drainées et en terre de bruyère ; le se- mis fait, on recouvre les graines de 0m.003 à 0m.004 de terre, et, si l'on veut, on ré- pand sur cette terre un lit de 0m.001 à 0m.002 de Sphagnum bien haché, puis on arrose lé- gèrement. On peut aussi poser sur la ter- rine une feuille de verre, dont l'effet est de maintenir la terre dans un état constant d'humidité, et on enterre les pots dans un couche dont la température doit s'élever de 20 à 25 degrés centigrades. En général, dans de telles conditions, les graines mettent de 15 à 20 jours pour germer. Pendant l'hiver, on doit tenir la terre con- stamment fraîche. Au printemps (en avril, par exemple), il convient d'établir une cou- che de feuilles sur laquelle on pose de 0m.10 à 0m.12 de terre de bruyère et où l'on repique le jeune plant. Dès que les feuilles commen- cent à jaunir, on suspend tout arosement ; on arrache les bulbilles ; on les met à l'abri de l'humidité, et on les replante d'août en octobre ; aussitôt qu'ils rentrent en végé- tation, on leur donne quelques bassinages, puis on les arrose comme précédemment. On renouvelle les mêmes soins à la deuxième année, et à la troisième les oignons ont déjà acquis un certain développement ; leur gros- seur varie alors entre celle d'un œul de perdrix et celle d'un œuf de pigeon ; mais ils ne donnent encore que des feuilles. Après la végétation de la troisième année, on peut laisser les bulbes en pleine terre, en suspen- dant, bien entendu, les arrosements en temps convenable. Il conviendra toutefois
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de laisser entre chaque bulbe un espace suf- fisant. Au printemps de la quatrième année, quelques oignons pourront fleurir, mais la plupart ne donneront des feuilles qu'à la cin- quième, et pourront alors être traités comme les bulbes adultes.
III. - Culture des Amaryllis de plein air.
Ce chapitre s'applique spécialement à l'Amaryllis vittata, et surtout aux belles va- riétés obtenues par M. Souchet de ses - fécondations par les Amaryllis brasiliensis et pulverulenta. Pour la culture de ces plantes, on doit choisir une plate-bande exposée au midi, et la préparer comme pour les plantes de serre tempérée. Si même, pour parer aux inconvénients de l'humidité, fort à crain- dre pour ces plantes, on pouvait élever la plate-bande de 0m.10 au-dessus du niveau du sol, cette précaution aurait une utilité incontestable. Après leur mise en terre, qui s'opère d'août en septembre et plus profon- dément que pour les variétés précédentes, les oignons peuvent être abandonnés à eux- mêmes. Lorsque l'hiver survient, on les pro- tège avec des feuilles sèches qu'on enlève toutes les fois que le temps le permet. Cette couche de feuilles sèches doit être épaisse, et si elle devenait par trop humide il faudrait la renouveler. Afin de mieux garantir encore les oignons d'Amaryllis ainsi plantés, on peut avec les feuilles établir une partie bom- bée, celle du milieu de la plate-bande plus
élevée, et recouvrir avec de la paille ou mieux des paillassons. Ce système a l'avantage de ne pas conserver si facilement l'humidité provenant soit de la neige, soit de la pluie. Quand les grandes chaleurs sont arrivées, et de préférence le soir, on donne de copieux arrosements. La floraison de ces Amaryllis a alors lieu de juin en juillet, et elle est vrai- ment remarquable. Les oignons ne doivent être arrachés que tous les trois ou quatre ans. Cet arrachage a deux buts : la séparation des caïeux et le renouvellement de la terre. On doit le prati- quer au moment où les plantes sont en repos. Comme les précédents, les Amaryllis de plein air se prêtent également bien à la culture en pots, et après avoir séjourné un mois environ dehors, on hâte leur floraison en les plaçant en serre tempérée. Dans le midi de la France, les feuilles, les paillassons ou autres préservatifs contre le froid cessent d'avoir leur utilité. Ainsi de- puis Avignon jusqu'à la Méditerranée, il n'est pas douteux que ces plantes puissent résister sans abri aux rigueurs de l'hiver. En résumé, ces magnifiques Hippéastres ne sont pas plus délicats que le bel Amaryllis belladona du midi de l'Europe, et nous les croyons appelés à jouer dans l'ornementa- tion des jardins un rôle beaucoup plus im- portant qu'on ne l'avait supposé jusqu'ici.
B. VERLOT.

Variétés d'Amaryllis de 1862

Séances de La Société Centrale d'Horticulture

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Séance du 13 mars 4° six variétés d'Amaryllis, venant de fleurir pour la première fois, dans les cultures de M. Truflaut, fils, horticulteur, 40, rue des Chantiers, à Versailles ; la plus méritante de ces variétés, à laquelle l'obtenteur a donné le nom de duc de Magenta, lui vaut une prime de première classe ;
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A la séance du 10 mars, les objets présentés étaient très-nombreux. Sur la longue table couverte de fleurs et de légumes, on remarquait d'abord cinq nouvelles variétés d'Amaryllis acuminata obtenues de semis par M. Truffaut, et auxquelles il a donné les noms de : Impératrice de France, Ma- dame Furtado, Madame Payen, Madame Duchartre, Duc de Malakoff; ces beaux spécimens ont été récompensés d'une prime de 1re classe.

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